The Gentlemen repose sur une idée si naturellement Guy Ritchie qu'elle ressemble presque à une expérience scientifique : prenez une famille aristocratique, enterrez une exploitation industrielle de cannabis sous son domaine et observez combien de temps il faut avant que la différence entre vieille fortune et crime organisé devienne essentiellement vestimentaire.

La première saison répondait avec beaucoup d'enthousiasme. La deuxième, disponible depuis septembre 2026, ne change pas vraiment de réponse. Elle augmente simplement les sommes, les territoires et l'ambition.

C'est à la fois la grande qualité de la série et sa limite la plus évidente.

Eddie et Susie fonctionnent parce qu'ils n'ont jamais exactement besoin de la même chose

Le point de départ de la première saison est remarquablement efficace. Eddie Horniman revient dans le domaine familial après la mort de son père, s'attend à régler une succession et découvre à la place une entreprise criminelle installée sous ses terres.

Theo James joue d'abord Eddie comme un homme persuadé d'être plus raisonnable que tous ceux qui l'entourent. Il veut remettre les comptes en ordre, sauver Freddy de ses propres catastrophes et faire disparaître l'empire de Bobby Glass de sa propriété.

Susie Glass sait immédiatement que cette posture ne durera pas.

Kaya Scodelario est essentielle à l'équilibre de la série. Là où Eddie possède le titre, le domaine et la confiance tranquille de celui à qui les portes se sont toujours ouvertes, Susie possède la compétence réelle. Elle comprend les clients, les menaces, les dettes et les petits équilibres qui empêchent une affaire criminelle de se transformer en massacre.

Leur relation évite heureusement de se réduire trop vite à une romance. Il existe une attraction évidente, mais aussi une rivalité, une dépendance professionnelle et une lutte constante pour déterminer qui utilise l'autre.

C'est plus intéressant.

La saison 2 comprend enfin ce qu'Eddie doit devenir

La première saison racontait un homme essayant théoriquement de sortir du crime tout en démontrant épisode après épisode qu'il y était plutôt doué. Cette contradiction était amusante, mais elle pouvait tourner en rond.

La deuxième saison retire progressivement l'alibi.

Un an plus tard, Eddie ne cherche plus seulement à protéger Halstead. Il veut agrandir l'entreprise, gagner de l'influence et retrouver une partie du prestige que sa famille a perdu. L'expansion vers l'Italie et ses rapports avec de nouveaux criminels ne servent donc pas seulement à changer le décor : ils rendent son ambition plus difficile à excuser comme une nécessité.

C'est probablement la meilleure évolution de la série. Plusieurs critiques de la deuxième saison notent que le personnage commence enfin à posséder une trajectoire plus nette. RogerEbert.com estime notamment que cette nouvelle saison trouve davantage son identité, tandis que d'autres restent beaucoup moins convaincus par l'écriture.

Le désaccord est révélateur. L'idée d'Eddie devient meilleure ; son exécution reste parfois étonnamment plate.

Theo James joue le calme au milieu d'une série qui préfère hurler

Le choix d'interprétation de Theo James divise depuis 2024. Eddie est fermé, précis, élégant et rarement autorisé à devenir aussi grotesque que les gens qu'il rencontre.

Cela fonctionne très bien lorsque la série utilise son calme comme contrepoint. Un criminel menace de démembrer quelqu'un, Freddy détruit encore une situation parfaitement récupérable et Eddie répond avec l'expression d'un homme légèrement contrarié par une réservation de restaurant.

Le contraste est drôle.

Sur seize épisodes, il devient parfois une limitation. Le Guardian reprochait déjà à la première saison le manque d'énergie de son héros et décrit encore, en 2026, Eddie comme étrangement fade au milieu d'un spectacle extravagant.

La série possède pourtant un remède permanent : ses seconds rôles.

Freddy reste une catastrophe humaine d'une efficacité remarquable

Daniel Ings comprend parfaitement le niveau de réalité dans lequel The Gentlemen veut vivre.

Freddy est lâche, jaloux, théâtral, capable de transformer une petite dette en problème international et pourtant suffisamment vulnérable pour ne pas devenir seulement une caricature détestable. Il produit du chaos avec la régularité d'une infrastructure publique.

Vinnie Jones choisit exactement l'approche inverse avec Geoff. Son garde-chasse parle peu, comprend beaucoup et offre plusieurs des rares moments où la série accepte simplement de laisser un personnage exister sans lui donner immédiatement une punchline.

Ray Winstone, Giancarlo Esposito puis Hugh Bonneville enrichissent encore cette galerie de figures qui semblent toutes avoir été engagées pour déterminer qui peut prononcer la menace la plus polie.

C'est excessif. C'est aussi une grande partie du plaisir.

Susie est peut-être le meilleur argument pour continuer

Dans un univers Guy Ritchie historiquement très masculin, Susie aurait facilement pu devenir la femme compétente chargée de remettre les hommes sur les rails avant de disparaître derrière leur aventure.

La série évite largement ce piège.

Scodelario avait elle-même expliqué avant la première saison qu'elle voulait s'assurer que Susie possède son propre arc et reste au centre de l'histoire. Deux saisons plus tard, cette exigence a manifestement servi le personnage.

Susie n'est ni la secrétaire d'Eddie ni son prix potentiel. Elle possède son père, son frère, son entreprise, ses alliances et ses propres intérêts. Quand elle coopère avec le duc, le rapport reste transactionnel même lorsque l'affection devient évidente.

Cette autonomie donne aussi davantage de valeur à leurs scènes communes. Ils peuvent se faire confiance sans jamais être certains d'avoir exactement le même objectif.

Le format série donne à Guy Ritchie de l'espace, puis beaucoup trop d'espace

Les critiques de 2024 se divisaient assez nettement sur ce point.

Une partie de la presse française saluait le plaisir immédiat, les dialogues, le mélange entre violence et humour ainsi que les personnages secondaires. AlloCiné agrège une moyenne presse de 3,6 sur 5 pour la série, avec plusieurs critiques louant précisément ce cocktail.

D'autres observaient que ce qui fonctionne pendant deux heures dans Snatch ou The Gentlemen peut devenir plus visible lorsqu'il faut remplir huit épisodes.

C'est juste.

La série possède une structure presque compulsive. Une dette crée une mission. La mission crée un personnage bizarre. Ce personnage crée une nouvelle dette. Celle-ci exige une faveur. La faveur exige un autre criminel encore plus bizarre.

Lorsqu'elle fonctionne, cette mécanique donne l'impression d'une immense réaction en chaîne.

Lorsqu'elle fonctionne moins bien, on voit simplement quelqu'un ajouter encore un épisode entre le problème et sa résolution.

La saison 2 agrandit le monde sans changer la recette

L'Italie apporte de belles villas, de nouvelles organisations criminelles et l'impression que l'entreprise d'Eddie et Susie possède maintenant une taille correspondant davantage à leurs ambitions.

La production reste extrêmement élégante. Costumes, domaines, voitures, restaurants et propriétés composent une version presque publicitaire de l'aristocratie et du crime.

Mais plusieurs critiques britanniques de la deuxième saison soulignent le manque de renouvellement sous ce vernis.

The Independent est particulièrement sévère envers une écriture qui privilégierait les répliques vaguement spirituelles, les gros retournements et les sensations immédiates au développement des personnages. Le Guardian se montre plus indulgent, tout en décrivant une saison longue, idiote, répétitive et pourtant souvent très drôle.

Ces deux jugements peuvent parfaitement coexister.

Les dialogues sont délicieux jusqu'au moment où tout le monde sait qu'ils le sont

Guy Ritchie aime les criminels capables d'expliquer une menace comme s'ils donnaient une conférence sur l'étiquette.

The Gentlemen en produit énormément.

Les meilleurs échanges reposent sur le décalage entre la violence de ce qui est négocié et le calme avec lequel tout le monde en discute. Une propriété, un meurtre ou plusieurs millions peuvent être traités avec la même politesse qu'un changement de table.

Le problème arrive lorsque chaque interlocuteur semble avoir passé la nuit à préparer sa réplique.

Au bout d'un moment, l'intelligence du dialogue devient visible comme une intention. Tout le monde veut être cité. Toute menace possède une métaphore. Toute conversation cherche sa sortie élégante.

Un peu de banalité ne ferait pas de mal à ces gens très distingués.

Une série qui sait admirablement divertir mais beaucoup moins bien surprendre

La deuxième saison confirme surtout que The Gentlemen n'est plus une curiosité dérivée d'un film. Netflix a déjà commandé une troisième saison.

La formule est donc installée.

Ce n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. La série demeure drôle, richement produite, facile à enchaîner et suffisamment consciente de sa propre absurdité pour éviter de devenir un drame criminel prétentieux.

Mais la prochaine étape devrait être moins d'expansion et davantage de conséquence.

Eddie a désormais choisi ce monde. Susie ne peut éternellement être seulement la personne plus compétente à son côté. Freddy ne peut détruire chaque plan exactement de la même manière. Et si la série veut que son couple central continue à fasciner, elle devra accepter qu'un partenariat intéressant finit par changer ceux qui le composent.

The Gentlemen sait déjà parfaitement comment habiller ses criminels.

Il est temps de voir ce qu'il y a vraiment sous le costume.