Backrooms vient officiellement de franchir les 400 millions de dollars au box-office mondial. Pour A24, le chiffre n'est plus seulement celui d'un très gros succès d'horreur : c'est la confirmation qu'un film construit à partir d'une culture profondément native d'internet peut se comporter comme une franchise hollywoodienne installée.
Le contraste avec son coût de production reste spectaculaire. A24 et Chernin Entertainment ont cofinancé le film pour environ 10 millions de dollars. Avant même d'atteindre ce nouveau palier, Backrooms était déjà devenu le plus gros succès mondial de l'histoire du studio.
Il avait dépassé Marty Supreme dès le début du mois de juin. À ce moment-là, dix jours de salles avaient suffi pour atteindre environ 212 millions de dollars.
81 millions de dollars dès le premier week-end
La trajectoire avait commencé très fort. Backrooms avait ouvert à environ 81 millions de dollars en Amérique du Nord, pulvérisant le précédent record de démarrage d'A24 détenu par Civil War avec 25,5 millions.
Le deuxième week-end avait ensuite chuté d'environ 70 %. Dans beaucoup de cas, cette courbe aurait suffi à refermer rapidement l'histoire. Le film a pourtant continué à accumuler des recettes sur la durée, aidé par l'international, des séances répétées et une forte présence auprès du jeune public.
A24 a même remis le film en salles début juillet avec quinze minutes supplémentaires. Fin août, son cumul mondial atteignait encore environ 330 millions de dollars.
Hollywood n'a pas créé les Backrooms
C'est probablement la partie la plus inhabituelle du succès. Le concept ne vient pas d'une bibliothèque de studio, d'un roman à succès ou d'un ancien film à ressusciter.
Les Backrooms remontent à une image et un texte anonymes apparus sur 4chan en 2019. L'idée d'un espace jaune, infini et étrangement familier a ensuite été reprise par toute une communauté qui a ajouté ses propres niveaux, créatures et règles.
Kane Parsons entre dans cette histoire en 2022 avec The Backrooms (Found Footage), publié sur YouTube sous le nom Kane Pixels. Il avait 16 ans. Ses vidéos ont développé leur propre continuité à partir de cette mythologie collective, avec notamment l'organisation Async et une approche visuelle mêlant found footage, animation 3D et esthétique analogique.
Quelques années plus tard, le même réalisateur porte cette version au cinéma.
Le film a conservé l'idée tout en construisant une vraie porte d'entrée
La version cinéma suit Clark, propriétaire d'un magasin de meubles interprété par Chiwetel Ejiofor. Une porte étrange apparaît dans le sous-sol de son commerce et mène vers les couloirs sans fin des Backrooms. Lorsque Clark disparaît, sa thérapeute Mary, jouée par Renate Reinsve, part à sa recherche.
Parsons a expliqué avoir volontairement pensé le film pour deux publics à la fois : les spectateurs qui connaissent déjà ses vidéos et ceux qui n'ont jamais entendu parler des Backrooms.
Le changement d'échelle est très concret. Là où les courts métrages reposaient largement sur Blender et une esthétique de vidéo retrouvée, le long métrage a notamment utilisé environ 30 000 pieds carrés de décors construits sur plateau.
A24 découvre une autre manière de fabriquer un blockbuster
Le succès ne transforme pas soudain tous les phénomènes internet en candidats naturels pour le cinéma. Les Backrooms avaient déjà une grammaire visuelle extrêmement forte, une communauté active et plusieurs années de travail narratif derrière elles lorsque le film a été lancé.
Mais le rapport entre coût et recettes est difficile à ignorer. Un budget d'environ 10 millions de dollars, une ouverture à 81 millions aux États-Unis et désormais plus de 400 millions dans le monde : ce sont des chiffres que les studios associent habituellement à des propriétés autrement plus anciennes et coûteuses.
Backrooms avait déjà établi des records A24 dans de nombreux marchés internationaux. Il était également devenu le premier film du studio à dépasser 200 millions de dollars mondialement.
Kane Parsons n'a jamais présenté le film comme une fin
A24 n'a pas annoncé officiellement une suite au long métrage. Parsons a toutefois expliqué que les Backrooms avaient toujours été pensés comme un univers allant au-delà des limites de ce premier film.
Il a aussi insisté sur le fait qu'il ne comptait pas abandonner YouTube. Cette distinction est presque aussi intéressante que le chiffre du box-office : le cinéma n'a pas forcément remplacé la forme originale qui l'a fait connaître.
À 400 millions de dollars, personne ne peut en revanche encore parler d'expérience marginale.