La récompense a été remise le 12 mai pendant la cérémonie d'ouverture du 79e Festival de Cannes. Elijah Wood est monté sur scène pour présenter celui qui l'avait choisi, à 18 ans, pour devenir Frodon. L'acteur a rappelé à quel point cette rencontre avait séparé sa propre vie en un avant et un après.

Pour Jackson aussi, Cannes possède plusieurs avant et après. Son histoire avec le Festival commence bien avant les grandes batailles de la Terre du Milieu.

En 1988, il arrivait avec Bad Taste et presque rien d'autre

Jackson avait déjà fréquenté Cannes en 1988 avec son premier long métrage, Bad Taste, présenté au Marché du Film. Le cinéaste néo-zélandais travaillait alors très loin de la machine hollywoodienne qui allait plus tard financer King Kong, Le Hobbit ou des milliers de figurants numériques.

Le passage par le Marché lui permet de vendre le film dans plusieurs territoires. Jackson a raconté pendant son retour cannois qu'il était reparti de cette première expérience avec le sentiment d'être devenu un cinéaste pour de bon.

Treize ans plus tard, le problème avait changé d'échelle.

Le 13 mai 2001, Cannes voit 26 minutes d'un film qui n'est même pas terminé

La Communauté de l'anneau ne devait sortir que sept mois plus tard. Jackson et New Line Cinema étaient déjà engagés dans une opération qui n'avait pratiquement pas d'équivalent : les trois films étaient préparés et tournés dans un vaste mouvement de production en Nouvelle-Zélande, avec des années de travail déjà dépensées avant que le public ait pu juger le premier.

Le 13 mai 2001, l'équipe montre donc à la presse cannoise 26 minutes encore issues du montage en cours. Le Festival lui-même décrit aujourd'hui cette présentation comme le moment où un scepticisme bien installé s'est transformé en enthousiasme.

Jackson n'avait pas besoin que Cannes lui confirme que Tolkien avait des lecteurs. Il devait démontrer que son univers pouvait devenir du cinéma sans ressembler à une coûteuse curiosité de fantasy destinée à s'effondrer sous son propre poids.

Les images de la Moria, de la Comté et des personnages donnaient enfin quelque chose de concret à regarder. La conversation autour du projet a changé avant la sortie de décembre.

Le résultat dépasse même les prévisions les plus aimables. Les trois films cumulent 17 Oscars. Le Retour du roi en remporte onze à lui seul, rejoignant Ben-Hur et Titanic à ce niveau. Cannes chiffre les recettes de la trilogie autour de trois milliards de dollars.

Elijah Wood était difficile à remplacer pour fermer la boucle

Pour remettre la Palme en 2026, le Festival aurait pu appeler un producteur, un autre réalisateur ou une vedette croisée au cours de quatre décennies. Elijah Wood racontait quelque chose de plus précis.

Il faisait partie du pari de 2001. Il était le visage d'un film que le public n'avait pas encore vu et d'une trilogie dont l'ampleur pouvait encore inquiéter. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, Wood a rappelé que Jackson avait construit une industrie et une culture de cinéma depuis un pays qui, au début de sa carrière, n'offrait rien de comparable aux infrastructures de Hollywood.

Jackson, lui, a accueilli la récompense avec une certaine incrédulité. Il a plaisanté sur le fait qu'il ne se voyait pas vraiment comme un réalisateur de films à Palme d'or. La distinction d'honneur permet précisément à Cannes de contourner cette catégorie un peu paresseuse.

Cannes récompense aussi le blockbuster qu'il n'a pas l'habitude de mettre en compétition

L'hommage est intéressant parce que Jackson n'est pas seulement célébré pour avoir réussi une adaptation populaire. Dans son annonce, le Festival insiste sur la manière dont il a combiné technologie, effets pratiques, décors naturels et effets numériques pour construire une nouvelle échelle de spectacle.

Thierry Frémaux parle d'un avant et d'un après Peter Jackson dans la conception du grand spectacle hollywoodien. L'institution souligne aussi quelque chose qu'on oublie facilement quand on résume sa carrière à des Hobbits : Créatures célestes précédait la Terre du Milieu, puis Jackson est passé du remake géant de King Kong aux archives restaurées de Pour les soldats tombés et aux dizaines d'heures de matériau des Beatles pour Get Back.

La soirée d'ouverture lui a d'ailleurs réservé un clin d'œil à cette dernière période. Theodora et Oklou ont repris Get Back après la remise de la Palme, référence directe à The Beatles: Get Back.

Ce n'était pas le premier cercle refermé de la soirée. En 2001, Jackson était venu chercher la confiance de Cannes pour un film encore inachevé. Le 12 mai 2026, Cannes lui a rendu la faveur.