Le Tokyo Gap-Financing Market a retenu 24 projets pour son édition 2026, organisée du 28 au 30 octobre pendant TIFFCOM. Parmi les cinq longs métrages amenés par son nouveau partenariat avec Frontières figure She, Crocodile, ou Crocodila dans son titre portugais, le prochain film de Gabriela Amaral Almeida.
Le projet circule déjà depuis quelque temps dans les marchés internationaux. Il était passé par le forum de coproduction Europe-Amérique latine de Saint-Sébastien en 2024, puis par l'European Film Market et le Marché du Film. Tokyo représente donc moins une révélation qu'une étape supplémentaire pour un film toujours en recherche de financement, de partenaires et de ventes internationales.
Une héritière qui était déjà un prédateur avant les écailles
Bianca Comparato incarnera la jeune et unique héritière d'une agence immobilière de luxe de Rio de Janeiro. Son corps commence progressivement à changer jusqu'à la transformer en crocodile. Pas métaphoriquement. Un vrai prédateur carnivore.
Le problème pratique arrive assez vite : elle doit manger.
Gabriela Amaral Almeida ne présente pourtant pas Crocodila comme un simple exercice de transformation grotesque. La réalisatrice construit son monstre autour de la classe sociale de son héroïne. Cette femme appartient déjà à une élite économique habituée à dominer son environnement ; sa métamorphose ne fait que rendre cette place au sommet de la chaîne alimentaire beaucoup plus littérale.
Qui mérite d'être dévoré ?
C'est là que le film trouve son idée la plus mordante. Une fois condamnée à se nourrir de chair humaine, l'héroïne doit choisir ses victimes. Doit-elle manger des membres de sa propre classe ? Des personnes plus pauvres ? Sur quelle base peut-elle décider qu'un corps mérite davantage qu'un autre de finir entre ses mâchoires ?
Almeida décrit précisément Crocodila comme une rencontre entre horror corporel et conflit social. Elle cite aussi l'idée de la chaîne alimentaire : le crocodile n'a pratiquement pas de prédateur naturel, il prédatrice. Placé dans les milieux les plus riches de Rio, le concept manque difficilement de sous-texte.
La réalisatrice a évoqué Franz Kafka et La Métamorphose parmi les racines du projet. Elle revendique également son amour du body horror, avec David Cronenberg dans les références, tout en parlant d'un cinéma où la mutation physique du corps féminin renvoie à quelque chose de beaucoup plus quotidien : un corps observé, jugé, réglementé et transformé sans toujours appartenir entièrement à celle qui l'habite.
Bianca Comparato devant et derrière le projet
Bianca Comparato reste pour l'instant le visage annoncé du film. L'actrice de 3% et Tremembé est associée au projet depuis ses premières présentations internationales, tandis que Crocodila accompagne aussi le développement de South, société de production brésilienne qu'elle a lancée avec Alice Braga et des partenaires du secteur.
Gabriela Amaral Almeida écrit et réalise le film. La cinéaste s'est imposée dans le genre brésilien avec O Animal Cordial puis A Sombra do Pai, deux œuvres où la violence et le fantastique servent rarement de décoration.
Pour Crocodila, elle veut également donner une place importante à la fabrication physique de la créature. La transformation doit donc être un élément concret du film, pas seulement une idée maintenue hors champ jusqu'au générique.
Un film à deux millions de dollars qui cherche encore à fermer son financement
Les documents de présentation de South situent le budget autour de 2,085 millions de dollars et annoncent un long métrage d'environ 100 minutes, en portugais. La production réunit South au Brésil, Peculiar en Espagne et Oublaum au Portugal, avec Vitrine Filmes pour la distribution brésilienne.
Le statut reste celui d'un projet en développement. Des informations publiées cet été situent désormais le tournage en 2027, à Rio de Janeiro et São Paulo, alors que des documents de marché plus anciens évoquaient encore une sortie en 2026.
Aucune date de sortie ferme n'est donc annoncée. Crocodila doit d'abord finir de trouver l'argent nécessaire pour transformer Bianca Comparato en reptile. Sur ce film-là, mieux vaut probablement ne pas économiser sur les dents.