Le Public Investment Fund saoudien réfléchit à une possible fusion entre Electronic Arts et Savvy Games Group, selon des informations de Bloomberg reprises par Reuters le 10 septembre. Les discussions sont encore exploratoires et aucune décision finale n'a été prise.

C'est une nuance assez importante ici. Il ne s'agit pas d'une fusion annoncée, encore moins d'une opération déjà engagée auprès des régulateurs. EA, Savvy et le PIF n'ont pas confirmé publiquement le projet lorsque Reuters les a sollicités.

EA vient seulement de quitter la Bourse

Le timing est spectaculaire. Le 4 août, Electronic Arts a annoncé la finalisation de son acquisition par un consortium réunissant PIF, Silver Lake et Affinity Partners pour environ 55 milliards de dollars. Les actionnaires ont reçu 210 dollars par action et EA a cessé d'être coté au Nasdaq.

Le rapprochement étudié arriverait donc quelques semaines seulement après la plus grosse transformation capitalistique récente de l'éditeur de EA Sports FC, Battlefield, Apex Legends, The Sims ou encore Madden NFL.

PIF connaissait déjà bien EA : le fonds était actionnaire minoritaire depuis plusieurs années avant la privatisation. Dans le communiqué clôturant l'opération, il présentait les jeux vidéo et le divertissement comme des secteurs stratégiques à long terme.

Savvy apporte surtout une énorme machine mobile

À côté d'EA, Savvy Games Group construit depuis plusieurs années un portefeuille qui ressemble de moins en moins à une simple collection d'investissements.

Le groupe possède Scopely, racheté pour 4,9 milliards de dollars en 2023. Scopely exploite notamment Monopoly GO!, Stumble Guys, Star Trek Fleet Command et WWE Champions. En 2025, il a également acquis les activités jeux de Niantic pour 3,5 milliards de dollars, récupérant Pokémon GO, Pikmin Bloom et Monster Hunter Now.

Savvy possède aussi ESL FACEIT Group dans l'esport et Steer Studios. Une fusion avec EA rapprocherait donc des activités très différentes : grosses productions console et PC, sport, jeux-service, mobile et compétition esport.

Un autre rachat doit passer avant

Selon Bloomberg, le rapprochement EA-Savvy ne devrait toutefois pas intervenir avant la finalisation par Savvy de son acquisition de Moonton, le développeur chinois notamment connu pour Mobile Legends: Bang Bang. L'opération est évaluée autour de 6 milliards de dollars.

Cela replace le dossier à sa juste vitesse. Le PIF peut réfléchir à la structure suivante pendant que Savvy termine encore la précédente.

Pourquoi fusionner deux sociétés déjà dans la même galaxie ?

Sur le papier, l'intérêt industriel est facile à voir. EA apporte une présence considérable sur consoles et PC, des licences sportives mondiales, des studios historiques et des services installés. Savvy dispose de son côté d'une force particulièrement importante sur mobile grâce à Scopely, ainsi que d'actifs dans l'esport.

Une structure commune pourrait mutualiser certaines fonctions, rapprocher les technologies et donner davantage de poids à des franchises capables de circuler entre mobile, console, PC et compétition. C'est précisément le genre de synergies que les grands regroupements promettent systématiquement.

La partie moins séduisante du mot « synergie » concerne les doublons. Reuters rappelle que le secteur traverse toujours une période de réduction des coûts et de licenciements après le boom des années Covid. À ce stade, aucune suppression de poste liée à une éventuelle fusion EA-Savvy n'a été annoncée.

Un groupe qui pèserait très lourd face aux régulateurs

Reuters souligne également qu'une telle opération pourrait attirer l'attention des autorités de la concurrence. Les grandes consolidations du jeu vidéo sont scrutées beaucoup plus sévèrement depuis plusieurs années, comme l'a montré le long parcours réglementaire du rachat d'Activision Blizzard par Microsoft.

Le cas EA-Savvy serait cependant particulier puisque les deux ensembles sont déjà dans l'orbite du même fonds souverain. La structure juridique exacte d'un rapprochement, son contrôle et la manière dont seraient intégrés les différents actionnaires d'EA compteraient autant que la taille brute du catalogue.

Une concentration de licences assez vertigineuse

Si le projet allait jusqu'au bout sous la forme envisagée, la même organisation pourrait se retrouver au-dessus de EA Sports FC, Battlefield, The Sims, Apex Legends, Monopoly GO!, Pokémon GO, Stumble Guys et plusieurs autres franchises mobiles ou sportives majeures.

Ce n'est pas encore la réalité. C'est simplement l'une des options que le PIF étudierait quelques semaines après avoir participé à la privatisation d'EA.

Après 55 milliards de dollars pour sortir Electronic Arts de la Bourse et plusieurs milliards supplémentaires engagés autour de Savvy, l'étape suivante pourrait être moins spectaculaire financièrement que structurellement : décider combien de ces empires doivent réellement rester séparés.