Il y a dix ans, réunir des streamers pendant un week-end pour demander à leurs communautés de financer des associations pouvait encore ressembler à une curiosité d'Internet. En 2026, le Z Event s'arrête après avoir collecté plus de 55 millions d'euros et après avoir installé son propre rituel dans la rentrée culturelle française.
La dixième édition a démarré le 4 septembre à 18 heures et doit courir pendant plus de 50 heures. Environ 300 créateurs sont affiliés à l'opération, sur place à Montpellier ou à distance.
La dernière édition convoque toute l'histoire du Z Event
Le choix des bénéficiaires dit beaucoup de la manière dont les organisateurs veulent terminer. Les 22 associations soutenues au cours des précédentes éditions reviennent ensemble, des acteurs humanitaires comme Médecins Sans Frontières et Action contre la Faim aux organisations environnementales comme WWF France et la LPO, en passant par la Croix-Rouge française, Amnesty International, le Secours populaire ou la Ligue contre le cancer.
La Fondation de France centralise les dons avant leur redistribution. L'événement transforme ainsi sa dernière édition en rétrospective très concrète : au lieu de rappeler son histoire avec une vidéo anniversaire, il remet ses anciens bénéficiaires au centre du dispositif.
Une soirée de concert avant cinquante heures devant des webcams
La frontière entre Internet et spectacle traditionnel était déjà devenue assez poreuse. Le concert d'ouverture du 3 septembre l'a encore montré avec plusieurs milliers de personnes attendues à la Sud de France Arena de Montpellier et une diffusion simultanée sur Twitch.
Le programme a changé au dernier moment : GIMS a annulé pour raisons de santé, Yamê a rejoint l'affiche et Bigflo & Oli ont allongé leur set. Gazo et l'Orchestre Curieux faisaient également partie de la soirée.
Au terme du concert, 500 000 euros avaient déjà été réunis. Puis les webcams ont repris le dessus.
Les donation goals ont inventé leur propre grammaire
Le Z Event n'a jamais fonctionné comme un simple téléthon transposé sur Twitch. Ses créateurs ont utilisé les habitudes de la plateforme : chats en direct, communautés fortement identifiées, raids, collaborations et surtout ces fameux donation goals qui promettent un défi lorsqu'un montant précis est atteint.
Le résultat produit une forme de spectacle assez particulière. Un don finance une association, mais il devient aussi un vote pour déclencher un tatouage, un projet vidéo, une émission, une performance ou une idée qui semblait probablement bien plus raisonnable au moment où elle a été écrite dans un tableau.
Cette mécanique a surtout donné aux spectateurs une sensation de participation immédiate. Le compteur bouge, le défi se rapproche et la communauté voit directement ce qu'elle provoque. Ce rapport entre divertissement et collecte est devenu l'une des signatures du Z Event.
Le record de 2025 n'explique pas à lui seul ce que laisse le Z Event
L'édition précédente avait dépassé les 16 millions d'euros. La tentation sera forcément de comparer le montant final de 2026 à ce record lorsque les organisateurs clôtureront la cagnotte dimanche.
Ce sera pourtant une manière assez limitée de lire la fin de l'événement. Dix ans de Z Event ont aussi contribué à faire du streamer une figure capable de mobiliser sa communauté en dehors du jeu ou de l'émission qui l'a rendue célèbre. Certaines associations sont venues expliquer des causes complexes devant un public qui n'aurait probablement jamais regardé une conférence institutionnelle d'une heure.
Tout cela s'est fait entre deux parties de jeu, un karaoké et une personne regrettant publiquement le donation goal qu'elle avait elle-même proposé.
Choisir le moment de partir
ZeratoR a présenté l'arrêt comme une décision volontaire. En mai, lorsqu'il a annoncé cette ultime édition avec Alexandre Dachary, il expliquait vouloir conclure une histoire complète et laisser de l'espace à d'autres initiatives.
C'est une sortie inhabituelle pour un format web à succès, où l'on attend généralement l'essoufflement avant d'envisager la fin. Le Z Event préfère s'arrêter pendant que plusieurs centaines de créateurs répondent encore présents et qu'un record de plus de 16 millions d'euros date seulement de l'année précédente.
Dimanche soir, il restera un dernier chiffre sur l'écran. L'habitude, elle, mettra probablement un peu plus de temps à disparaître.