Le trailer ne cultive pas beaucoup l'ambiguïté. Lizzie Borden, interprétée par Ella Beatty, apparaît couverte de sang, une hache à la main, pendant que la bande-annonce installe une maison victorienne traversée par l'humiliation, le désir et la violence. Netflix résume même directement sa série en affirmant que Lizzie tue son père et sa belle-mère.
C'est un choix de fiction, pas un fait historique établi. Lizzie Borden a été jugée en 1893 pour les meurtres à la hache d'Andrew Borden et d'Abby Borden, commis l'année précédente à Fall River, dans le Massachusetts. Elle a été acquittée. Les meurtres n'ont jamais été résolus.
La saison semble avoir déjà choisi sa Lizzie
Ryan Murphy et Ian Brennan ne cachent pas vraiment l'angle recherché. Dans la présentation officielle, Netflix décrit une jeune femme réprimée et la domestique Bridget « Maggie » Sullivan enfermées dans une maison marquée par la cruauté, puis entraînées dans un imaginaire de sexe, de pouvoir et de vengeance.
Vicky Krieps joue Maggie. Dans le trailer, c'est elle qui souffle à Lizzie que ses parents méritent ce qui leur arrive. La relation paraît donc destinée à devenir autre chose qu'un simple élément de décor historique : elle fournit à la série un moteur intime permettant de transformer le fait divers en récit d'émancipation aussi trouble que sanglant.
Ella Beatty décrit elle-même la saison comme une exploration de la rage et de la répression féminines. Elle parle également de Borden comme d'une personnalité complexe dont le crime supposé a pris des proportions presque mythiques dans la culture américaine.
Sarah Paulson en Aileen Wuornos, plus de quatre-vingt-dix ans après les meurtres
La décision narrative la plus étrange est peut-être la présence d'Aileen Wuornos. Sarah Paulson interprète la tueuse américaine dans des séquences situées plusieurs décennies après Lizzie Borden. Les deux femmes ne se sont évidemment jamais rencontrées : Borden est morte en 1927, tandis que Wuornos est née en 1956.
Netflix explique que Murphy et Brennan utilisent Wuornos pour suivre la manière dont la légende de Borden aurait pu irriguer, bien plus tard, une certaine représentation de la violence féminine. Beatty parle d'une continuité autour de la rage des femmes et de leurs réactions aux circonstances qui leur sont imposées.
Monster s'éloigne ainsi du simple récit judiciaire. La série paraît vouloir tracer une filiation culturelle entre des femmes devenues des figures criminelles publiques, même lorsque leurs histoires et leur statut devant la justice sont radicalement différents.
Charlie Hunnam passe d'Ed Gein au père de Lizzie Borden
Le casting entretient aussi les habitudes d'anthologie de la série. Charlie Hunnam, tête d'affiche de Monster: The Ed Gein Story, revient immédiatement sous les traits d'Andrew Borden, le père de Lizzie. Rebecca Hall interprète Abby Borden, sa belle-mère, tandis que Billie Lourd joue Emma, la sœur aînée de Lizzie.
Jessica Barden incarne l'actrice Nance O'Neil, proche de Lizzie, et Sarah Paulson signe un nouveau retour dans l'univers de Ryan Murphy. Netflix présente Ella Beatty comme la première femme placée au centre de Monster sous cette désignation de « monstre ».
Monster arrive aussi avec le poids de ses trois premières affaires
L'anthologie n'a plus besoin de prouver son pouvoir d'attraction. Netflix indique que Dahmer a dépassé le milliard d'heures vues durant ses soixante premiers jours et reste parmi ses séries anglophones les plus regardées. La saison consacrée aux frères Menendez a ensuite obtenu onze nominations aux Emmy Awards 2025.
Monster: The Ed Gein Story a enregistré 12,2 millions de vues mondiales pendant ses trois premiers jours selon Netflix et a reçu sept nominations aux Emmy Awards 2026. Cette quatrième histoire arrive donc dans une franchise déjà construite autour de la transformation de crimes réels en spectacle dramatique.
Avec Lizzie Borden, cette mécanique rencontre un cas moins commode : celui d'une accusée acquittée dont l'image de meurtrière a survécu pendant plus d'un siècle. Le trailer de Netflix montre déjà de quel côté de cette ambiguïté la fiction a décidé de placer sa hache.