Il existe une règle assez simple dans les enquêtes criminelles : lorsqu'un suspect entre volontairement dans un commissariat pour reconnaître plusieurs meurtres, la police devrait théoriquement disposer d'une avance considérable. Le nouveau film d'Oriol Paulo commence précisément au moment où cette logique cesse de fonctionner.

Dans Proxies, intitulé En nombre de otro en Espagne, un homme se présente devant les policiers le matin du 24 décembre. Il affirme avoir tué deux personnes, avant de laisser entendre qu'il pourrait y avoir une troisième victime. Sa confession ne clôt pourtant aucune affaire. Elle conduit les enquêteurs vers un autre crime, considéré jusque-là comme résolu.

Netflix a dévoilé le premier teaser du long-métrage le 4 novembre 2026, accompagné de nouvelles photographies. Le film sera disponible mondialement sur la plateforme le 11 décembre.

La date n'est pas une annonce entièrement nouvelle : Netflix l'avait déjà officialisée le 14 octobre, en même temps qu'un premier visuel promotionnel. Le teaser constitue en revanche le premier véritable aperçu vidéo de cette histoire construite autour d'une confession suspecte.

Le réalisateur retrouve plusieurs interprètes de ses précédentes productions, notamment Mario Casas et Eduard Fernández, et ajoute Blanca Suárez à une distribution où figurent également Nicolás Francella et Alexandra Jiménez.

Pour l'instant, Netflix préfère conserver une part importante du mystère. La plateforme ne révèle ni les circonstances précises des crimes ni les raisons qui poussent le suspect à se dénoncer.

Deux meurtres, peut-être trois : une confession qui ne résout rien

Le premier teaser présente un homme à la barbe grisonnante, interprété par Eduard Fernández, qui demande à parler aux enquêteurs chargés des homicides. Son récit commence comme une confession directe, mais les hésitations et les informations qu'il choisit de retenir transforment rapidement la scène en confrontation.

Le suspect reconnaît deux morts. Il laisse planer un doute sur une troisième. Surtout, il semble vouloir contrôler le rythme auquel les enquêteurs découvrent ce qu'il sait.

C'est ce détail qui rend le point de départ plus intéressant qu'une simple affaire de meurtre. Un aveu n'a pas nécessairement pour objectif de mettre fin à une enquête. Il peut aussi servir à déclencher une procédure, à détourner l'attention ou à provoquer une réaction chez une autre personne.

Ces possibilités relèvent naturellement de l'interprétation : le synopsis officiel ne confirme aucune manipulation particulière ni aucun mobile caché. Il établit seulement que la confession possède une finalité encore inconnue.

Netflix insiste sur deux questions. Pourquoi cet homme choisit-il précisément ce moment pour se rendre à la police ? Et que cherche-t-il à obtenir en racontant son histoire ?

La seconde partie du mystère concerne un autre crime. L'enquête semble avoir été achevée, mais les déclarations du suspect obligent à reconsidérer ce que les autorités croyaient savoir.

Le mécanisme narratif est caractéristique du cinéma d'Oriol Paulo. Une situation initialement compréhensible devient plus instable à mesure que de nouveaux éléments modifient l'interprétation des faits.

Le spectateur n'est alors pas seulement invité à découvrir l'identité d'un coupable. Il doit aussi comprendre pourquoi certaines informations lui sont présentées dans un ordre précis.

Un réveillon de Noël qui tourne au cauchemar

Le choix du calendrier donne immédiatement une atmosphère particulière au film. L'histoire commence le matin du réveillon de Noël, à un moment normalement associé aux réunions familiales, aux retrouvailles et aux préparatifs des fêtes.

Le teaser oppose cet environnement à des images de violence et de tension. Les décorations et les lumières de Noël apparaissent dans un contexte où les personnages semblent bien davantage préoccupés par la possibilité d'un crime que par les célébrations.

Le contraste ne constitue pas en lui-même une innovation, mais il permet d'installer une contradiction visuelle efficace. Là où les personnages devraient partager une journée familière et rassurante, ils entrent dans une situation où personne ne paraît pouvoir faire confiance aux autres.

Le réalisateur peut également tirer parti de la nature particulière du réveillon. Une journée de fête donne aux personnages des obligations, des lieux de rendez-vous et des attentes que les événements criminels viennent interrompre.

Netflix n'a pas détaillé la chronologie complète du récit. Rien ne permet donc d'affirmer que l'ensemble de l'intrigue se déroulera sur une seule journée ou dans un temps limité.

Ce qui est confirmé, c'est que le déclenchement de l'affaire intervient le 24 décembre et qu'il transforme une confession en point de départ d'une nouvelle investigation.

Eduard Fernández au centre du premier teaser

La présentation du film accorde une place importante à Eduard Fernández. L'acteur apparaît dans les premières images comme l'homme qui se rend au commissariat, lançant l'enquête par ses déclarations.

Fernández possède une filmographie importante dans le cinéma espagnol, construite autour de personnages souvent complexes et difficiles à réduire à une seule intention.

Il a notamment participé à Les Lignes courbes de Dieu, précédent thriller d'Oriol Paulo sorti en 2022. Ce film se déroulait dans un établissement psychiatrique où les frontières entre enquête, manipulation et perception de la réalité devenaient progressivement incertaines.

L'acteur a également tenu un rôle central dans El 47, film consacré à une mobilisation populaire dans un quartier de Barcelone, pour lequel il a reçu un prix Goya.

Sa présence dans Proxies constitue donc une nouvelle collaboration avec Paulo, mais dans un registre qui semble accorder une importance particulière à la parole du personnage.

Le suspect n'a pas besoin de révéler immédiatement tous les éléments de son histoire pour influencer les enquêteurs. La manière dont il parle, ses silences et son apparente maîtrise de la situation peuvent devenir aussi importants que le contenu de ses déclarations.

Aucune information officielle ne permet encore de déterminer si le personnage dit la vérité, ment ou mélange volontairement des faits exacts et des éléments trompeurs.

La communication du film repose précisément sur cette incertitude.

Mario Casas retrouve Oriol Paulo après El inocente

Mario Casas est l'autre visage majeur de la distribution. L'acteur retrouve Oriol Paulo après leur collaboration sur El inocente, minisérie Netflix sortie en 2021.

Adaptée du roman de Harlan Coben, cette fiction suivait un homme dont l'existence était bouleversée par un événement violent et une succession de révélations liées à son passé.

La série se distinguait par une construction en plusieurs points de vue. Chaque épisode apportait de nouvelles informations qui changeaient la manière dont le public comprenait les personnages.

Proxies pourrait intéresser les spectateurs qui avaient apprécié cette mécanique narrative, même si Netflix n'a pas annoncé une structure identique.

Dans le teaser, Mario Casas apparaît notamment dans un environnement de transport urbain, participant à une succession d'images qui suggèrent des déplacements et des situations parallèles à la confession initiale.

Son personnage n'est pas présenté en détail dans le communiqué officiel du 4 novembre. Le rôle exact qu'il joue dans l'enquête doit donc rester ouvert.

Il serait notamment prématuré d'affirmer qu'il incarne un enquêteur, un suspect secondaire ou une victime potentielle à partir de quelques images.

Casas retrouve ainsi un cinéaste avec lequel il a déjà exploré les récits à révélations multiples, sans que les deux projets soient liés sur le plan narratif.

Blanca Suárez rejoint une distribution familière du thriller espagnol

Blanca Suárez complète le trio d'interprètes mis en avant dans la promotion du film.

L'actrice possède une longue expérience des productions espagnoles destinées au grand public, avec des rôles dans des séries comme Las chicas del cable et Respira, ainsi que dans plusieurs longs-métrages.

Elle apparaît dans les premières images de Proxies au volant d'une voiture, dans un contexte que Netflix n'a pas encore expliqué.

Les informations officielles ne détaillent pas la relation entre son personnage et celui de Mario Casas, ni les liens éventuels de l'un ou de l'autre avec le suspect qui se présente à la police.

Blanca Suárez, Mario Casas et les autres personnages de Proxies dans un visuel promotionnel de Netflix

Le casting principal comprend également Nicolás Francella, acteur argentin connu notamment pour Alta mar, et Alexandra Jiménez, que les spectateurs d'El inocente ont déjà pu retrouver dans l'univers d'Oriol Paulo.

Blanca Parés, Javier Beltrán, Marta Bayarri et Ana Wagener complètent la distribution annoncée par Netflix.

Cette composition permet au film de réunir des interprètes issus du cinéma, des séries policières et des drames psychologiques.

Elle constitue un argument commercial important pour Netflix, dont les productions espagnoles disposent d'une audience internationale qui dépasse largement leur marché d'origine.

Le nombre de personnages ne permet cependant pas de conclure que chacun occupera une place équivalente dans le récit.

Le synopsis officiel maintient volontairement leurs fonctions narratives dans l'ombre.

Oriol Paulo retrouve son terrain de prédilection

Depuis plusieurs années, Oriol Paulo s'est imposé comme l'un des réalisateurs espagnols les plus associés aux thrillers construits autour des secrets, des révélations et de la manipulation des perceptions.

Avec El cuerpo, sorti en 2012, il racontait une enquête déclenchée par la disparition mystérieuse d'un cadavre dans une morgue. Le film utilisait un dispositif relativement simple pour multiplier les contradictions entre les témoignages et les faits.

Contratiempo, sorti en 2016, poussait plus loin cette approche. Un homme accusé de meurtre cherchait à préparer sa défense, tandis que son récit semblait progressivement révéler des informations incompatibles avec la version initiale des événements.

Les Lignes courbes de Dieu explorait de son côté les ambiguïtés de la perception dans un établissement psychiatrique.

El inocente, sa série Netflix, avait donné davantage d'espace à cette construction en développant plusieurs personnages et plusieurs temporalités.

Dans ces œuvres, l'intérêt ne repose pas seulement sur la révélation finale. Il vient aussi de la façon dont les personnages défendent certaines versions de leur histoire, alors que les éléments disponibles permettent peu à peu d'en envisager d'autres.

Proxies semble prolonger cette préoccupation à partir d'une inversion : au lieu de suivre un suspect qui refuse d'avouer, le film commence avec un homme qui choisit spontanément de se dénoncer.

Le geste est clair, mais ses intentions restent opaques.

L'efficacité de cette approche dépendra de la capacité du scénario à donner une véritable cohérence aux révélations. Une multiplication de retournements ne suffit pas, à elle seule, à construire un mystère convaincant.

Un scénario écrit avec Guillem Clua

Oriol Paulo partage le scénario avec Guillem Clua, auteur et dramaturge espagnol déjà associé à plusieurs productions audiovisuelles.

Les deux hommes ont notamment collaboré sur El inocente, ce qui donne une continuité supplémentaire à l'équipe créative de Proxies.

Le réalisateur a expliqué dans le communiqué de Netflix avoir souhaité construire une histoire qui ne se limite pas à l'accumulation de suspense.

Il présente le film comme un thriller portant également le poids émotionnel d'une tragédie, où la culpabilité, la douleur et la recherche de réponses conduisent les personnages à remettre en cause leurs propres principes moraux.

Cette intention constitue un élément important pour comprendre la proposition artistique. Le film ne serait pas simplement organisé autour d'une question policière, mais autour des conséquences humaines de ce qui sera découvert.

Il faut toutefois distinguer les intentions du réalisateur du résultat final. Les premières images ne permettent pas encore de juger si la dimension tragique prendra réellement le dessus sur les mécanismes du suspense.

La référence aux principes moraux suggère des décisions difficiles, mais Netflix n'a pas précisé quels personnages seront concernés ni dans quelles circonstances.

Le mystère central reste donc protégé.

Proxies inaugure Juanita Films

Le long-métrage possède aussi une importance particulière dans la carrière de son réalisateur.

Il constitue la première production de Juanita Films, société basée à Barcelone et fondée par Oriol Paulo avec Libertad Ribera.

La société se présente comme une structure dédiée au développement de films et de programmes télévisés originaux, avec une ambition internationale.

Le choix de commencer par un thriller destiné à Netflix s'inscrit dans le parcours du réalisateur et dans sa relation avec la plateforme.

La production réunit Paulo et Miguel Ángel Faura à la production exécutive, avec Libertad Ribera et Jaume Martí parmi les producteurs.

Le tournage a eu lieu dans différentes localisations de Catalogne. Netflix n'a pas fourni, dans son communiqué du 4 novembre, une liste exhaustive de ces lieux ni détaillé la manière dont ils seront représentés dans le film.

La photographie est signée Bernat Bosch et la musique originale est composée par Fernando Velázquez.

Ce dernier possède une expérience importante du cinéma de suspense et de fantastique, avec des travaux pour des réalisateurs comme J. A. Bayona et Oriol Paulo.

Le choix d'une équipe technique familière de ce registre permet d'assurer une certaine continuité de travail, sans préjuger de l'esthétique définitive du long-métrage.

Pourquoi le 11 décembre est une date intéressante

Netflix diffusera Proxies dans le monde entier le vendredi 11 décembre 2026.

La date a été annoncée le 14 octobre et confirmée lors de la publication du teaser le 4 novembre. Le film n'est donc pas encore disponible au moment de cette actualité.

Le calendrier de sortie place un thriller situé pendant le réveillon de Noël à quelques jours des fêtes de fin d'année.

Le choix est cohérent avec le décor de l'histoire, même si Netflix n'a pas expliqué officiellement si cette proximité constituait un élément déterminant de sa stratégie.

Une diffusion mondiale simultanée permet également aux spectateurs de différents territoires de découvrir l'intrigue pendant la même période.

Pour un film reposant sur des secrets et des révélations, cette concentration du lancement peut présenter un intérêt particulier. Les discussions sur les retournements de situation sont susceptibles de circuler rapidement, notamment sur les réseaux sociaux.

Il est toutefois impossible de prédire la réception commerciale ou le niveau d'audience du film à partir de son teaser.

Netflix n'a pas communiqué de prévisions de visionnage ni de résultats d'exploitation, puisque la sortie reste à venir.

Le premier teaser dévoile la promesse, pas la solution

Les images publiées le 4 novembre remplissent avant tout une fonction de présentation.

Elles identifient l'atmosphère du film, placent Eduard Fernández au centre de la confession et montrent plusieurs autres personnages dans des situations qui semblent liées à l'enquête.

Elles ne permettent pas de reconstituer toute la chronologie de l'histoire ni de déterminer les responsabilités de chacun.

La question essentielle demeure donc intacte : pourquoi un homme qui pourrait garder le silence choisit-il de se présenter à la police, en apportant une confession qui compromet la résolution d'une autre affaire ?

Ce point de départ distingue Proxies d'un thriller policier plus traditionnel. La recherche du coupable semble moins importante, au moins initialement, que la recherche de l'intention derrière son aveu.

Le prochain rendez-vous confirmé est celui du 11 décembre sur Netflix. D'ici là, les spectateurs disposent d'un premier aperçu du film, sans que son enquête ou ses retournements aient été officiellement révélés.

Oriol Paulo retrouve ainsi une idée qui traverse une grande partie de son cinéma : raconter une histoire ne signifie pas nécessairement dire la vérité. Dans Proxies, cette distinction pourrait être au cœur de toute l'affaire.