Avant Speed, Miss Congeniality et les dizaines de millions de dollars au box-office, Sandra Bullock était une actrice inconnue à New York qui travaillait comme serveuse entre deux auditions. Et certaines de ces auditions n'ont manifestement pas laissé un souvenir très glorieux de l'industrie.

Interrogée par Jennifer Aniston sur les moments où elle avait consciemment dirigé sa carrière, Bullock est d'abord revenue sur cette période. Elle affirme avoir auditionné devant des hommes qu'elle qualifie sans détour de « perverts », certains lui demandant notamment de baisser son pantalon.

« Nope, not the role for me. »

Elle refusait. Ce qui paraît assez évident raconté aujourd'hui ne l'était pas nécessairement dans la position d'une comédienne cherchant son prochain contrat et persuadée, comme beaucoup de jeunes acteurs, que chaque travail pouvait être le dernier disponible.

Dire non avant même d'avoir du pouvoir à Hollywood

Bullock ne décrit pas précisément les productions concernées ni les personnes présentes dans ces auditions. Il serait donc abusif d'en tirer une liste de responsables ou d'attribuer ses propos à un studio particulier. Son souvenir porte surtout sur le rapport de force : elle débutait, avait besoin de travailler et choisissait malgré tout de partir lorsqu'une demande dépassait ses limites.

Le récit est d'autant plus frappant qu'elle ne le présente pas comme une grande stratégie de carrière. À ce stade, il s'agissait plutôt de survivre professionnellement tout en sachant ce qu'elle n'accepterait pas.

La véritable décision calculée est venue bien plus tard, une fois Bullock installée parmi les stars capables de porter un film.

Puis elle a décidé de quitter le genre qui la faisait gagner

Pendant les années 1990 et le début des années 2000, Bullock est devenue l'un des visages les plus reconnaissables de la comédie romantique hollywoodienne. While You Were Sleeping, Forces of Nature, Two Weeks Notice : le genre fonctionnait très bien pour elle.

Elle en avait pourtant assez du regard porté sur ces films.

Bullock raconte avoir volontairement arrêté les rom-coms parce qu'elle recevait énormément de critiques pour en tourner. Après Two Weeks Notice en 2002, elle s'est éloignée du genre et a cherché un rôle qui lui permette de montrer autre chose.

Ce rôle fut Crash.

Crash comme sortie volontaire de la case rom-com

Le choix n'était pas neutre. Quitter un registre où le public vous connaît, où les studios savent vous vendre et où plusieurs films ont déjà été rentables revient à abandonner volontairement une formule confortable.

Jennifer Aniston le souligne elle-même dans leur conversation : la comédie reste régulièrement traitée comme un travail moins prestigieux alors qu'elle n'est pas nécessairement plus facile à réussir.

Crash a finalement remporté l'Oscar du meilleur film et valu à sa distribution le SAG Award du meilleur ensemble. Pour Bullock, le détour dramatique n'a surtout pas signifié l'abandon définitif de la comédie. Quelques années plus tard, The Proposal est devenu l'un de ses plus gros succès dans le genre.

Aujourd'hui, elle veut justement retrouver la comédie

Le plus joli retournement se trouve presque à la fin de la conversation. Après avoir passé une partie de sa carrière à démontrer qu'elle pouvait faire autre chose que des comédies romantiques, Bullock explique qu'elle en ressent désormais le manque.

Elle a depuis largement prouvé qu'elle pouvait passer d'un registre à l'autre, de Gravity à The Blind Side, tout en revenant ponctuellement vers la comédie avec The Lost City.

À 62 ans, la question n'est donc plus vraiment de savoir si Hollywood peut la prendre au sérieux dans un drame. Cette bataille-là date d'une autre époque.

Et entre les auditions qu'elle refusait lorsqu'elle n'avait presque aucun pouvoir et les genres qu'elle abandonnait lorsqu'elle en avait enfin beaucoup, Bullock raconte finalement la même chose deux fois : savoir partir.