Sept épisodes, sept versions d'une même bande
De Eetclub prend une décision simple qui règle immédiatement une partie du problème posé par cette histoire : chaque épisode porte le nom d'un personnage et le mystère se reconstruit progressivement autour des interrogatoires menés après l'incendie qui a coûté la vie à Evert. Karen ouvre la porte, puis le récit déplace son regard. Hanneke, Simon, Michel, Patricia, Babette et Ivo récupèrent chacun une partie de la parole.
Le procédé n'a rien de révolutionnaire. VPRO le relève d'ailleurs comme un vieux truc de télévision. Mais un vieux truc peut rester un bon truc. Dans une histoire où tout le monde ment, donner successivement à chacun l'occasion de raconter sa version crée naturellement des frottements. Une phrase entendue dans un épisode revient plus tard avec un autre sens. Une relation paraît plus solide ou plus fragile selon la personne qui la raconte.
La série trouve ici sa meilleure différence avec une simple enquête policière. La question importante n'est pas uniquement de savoir ce qui s'est passé dans la villa. Il s'agit aussi de comprendre ce que chacun pensait connaître des autres avant que le feu n'oblige tout le monde à refaire l'inventaire.
Karen reste le point d'entrée, pas toujours le personnage le plus intéressant
Loes Haverkort joue efficacement la nouvelle venue que ce petit monde adopte beaucoup trop vite. Karen arrive à Bergen avec Michel et leur fille alors que sa propre vie professionnelle est déjà fragilisée. Le décor promet du repos. Les gens qu'elle rencontre promettent davantage : maisons parfaites, argent, fêtes, alcool, désir et cette familiarité accélérée qui donne l'impression qu'on vient enfin de trouver sa tribu.
Le problème est précisément la vitesse de cette intégration. SerieTotaal pointe une faiblesse réelle : Karen et Michel semblent absorbés par le groupe avant que la série ait totalement fait sentir pourquoi cette bande exerce une attraction aussi forte. Le scénario demande au spectateur d'accepter très vite l'intimité pour pouvoir ensuite commencer à la détruire.
Haverkort possède suffisamment de présence pour maintenir Karen au centre, et son personnage devient plus intéressant quand les conséquences de son passé professionnel contaminent ce nouveau départ. Pourtant, certaines figures autour d'elle finissent par intriguer davantage. Rifka Lodeizen apporte à Hanneke une solitude qui ne se résume pas au prochain rebondissement. Teun Luijkx donne à Michel une douceur presque déplacée dans un groupe où chacun semble posséder un agenda parallèle.
C'est révélateur : les personnages fonctionnent le mieux lorsqu'ils cessent momentanément d'être suspects.
Les dunes de Bergen font une bonne moitié du travail
Le consensus critique est beaucoup plus net sur la mise en scène. La série est belle, parfois très belle. Les dunes, la mer, les routes bordées d'arbres et les grandes villas ne servent pas uniquement à afficher le budget. Cette géographie raconte immédiatement la bulle dans laquelle ces couples se sont installés.
La photographie de Bert Pot exploite très bien ce contraste. Les espaces sont ouverts, lumineux, presque publicitaires, alors que les rapports entre personnages deviennent de plus en plus étroits et inconfortables. Les vêtements, les voitures et les intérieurs prolongent cette idée d'une existence minutieusement présentable.
FilmVandaag rapproche logiquement la série de Big Little Lies. La comparaison vient facilement : littoral chic, familles aisées, secrets conjugaux et mort au milieu du décor. De Eetclub ne possède pas la même précision psychologique, mais comprend très bien l'intérêt visuel de faire éclater quelque chose de sale dans un endroit qui paraît conçu pour les brochures immobilières.
Le soap n'est pas forcément l'ennemi
Il y a beaucoup de sexe, d'alcool, de jalousie, de couples qui mentent et de décisions prises avec l'élégance d'un verre renversé sur une nappe blanche. Plusieurs critiques utilisent le mot soap, parfois comme reproche. Netflix lui-même classe la série parmi les programmes « soapachtig » dans sa présentation néerlandaise. Au moins, personne ne cherche vraiment à cacher la marchandise.
Ce registre fonctionne lorsqu'il donne aux scènes un plaisir immédiat. Un dîner peut devenir un terrain de compétition sociale. Une remarque anodine suffit pour rouvrir une blessure. Le casting comprend bien que ces personnages sont rarement aussi détendus qu'ils le prétendent, et la série est souvent plus convaincante dans une conversation tendue que lorsqu'elle appuie lourdement sur les mécanismes du thriller.
Heaven of Horror voit justement dans ce mélange de relations et de crime une partie du charme, tandis que Decider se montre plus réservé sur le manque de profondeur. Les deux lectures peuvent cohabiter. De Eetclub sait très bien fabriquer du mouvement avec des couples qui se décomposent. Elle sait moins souvent transformer cette agitation en personnages réellement complexes.
Tout le monde possède un secret, moins de monde possède un arc
C'est le défaut qui finit par revenir sous plusieurs formes. Les sept épisodes disposent théoriquement d'un luxe que l'adaptation cinéma de 2010 n'avait pas : du temps. Dorien Goertzen et Jop Esmeijer peuvent distribuer les points de vue, modifier certains éléments du roman, actualiser les rapports hommes-femmes et donner aux personnages une existence au-delà de la mécanique du meurtre.
Une partie de ce potentiel est bien utilisée. Les épisodes individuels ajoutent du contexte, modifient les alliances et permettent à quelques acteurs de changer la perception que l'on avait de leur personnage. Mais la série aime tellement révéler une nouvelle liaison, une nouvelle rancœur, un arrangement douteux ou un mensonge supplémentaire qu'elle transforme parfois la profondeur en inventaire.
VPRO parle de personnages assez plats malgré un casting solide. SerieTotaal est encore plus sévère et estime que le supplément de durée débouche trop souvent sur des développements de soap. À l'inverse, What's on Netflix voit dans cette accumulation une vraie richesse dramatique et l'une des meilleures productions néerlandaises récentes de la plateforme.
Cette divergence n'est pas difficile à comprendre. Si le plaisir recherché est de retourner rapidement chaque carte posée sur la table, De Eetclub est généreuse. Si l'on attend qu'après chaque retournement le personnage révélé devienne durablement plus complexe, le résultat est plus irrégulier.
La chronologie joue parfois contre le mystère
La narration en flashbacks donne à la série son principe, mais aussi certaines de ses scènes les plus maladroites. FilmVandaag et SerieTotaal signalent tous deux des problèmes de lisibilité dans les allers-retours temporels. Ils sont suffisamment fréquents pour que la question ne soit plus seulement « qui ment ? », mais occasionnellement « à quel moment sommes-nous exactement ? ».
Dans un thriller construit autour de ce que chaque personnage sait à un instant précis, ce détail compte beaucoup. Une révélation fonctionne parce que l'information est distribuée dans un ordre rigoureux. Dès que cet ordre paraît flou, une réaction peut sembler prématurée ou incohérente.
Le dispositif reste néanmoins efficace à l'échelle de l'épisode. Chaque fin sait généralement trouver la petite torsion nécessaire pour relancer le suivant, ce qui explique que même des critiques assez sévères reconnaissent le caractère facilement bingeable de l'ensemble.
Une adaptation moderne qui a compris quoi conserver
La mise à jour du roman ne consiste pas simplement à changer les téléphones et les voitures. La vie professionnelle de Karen, les rapports de pouvoir dans les couples, les comportements sociaux et la manière dont le groupe consomme son luxe appartiennent clairement à 2026. Les personnages ne donnent pas l'impression d'avoir été sortis du livre de 2004 puis habillés avec une garde-robe neuve.
La série conserve pourtant le moteur le plus important de Saskia Noort : l'idée que la proximité sociale peut être une forme de surveillance. Ces gens dînent ensemble, se connaissent, connaissent leurs enfants, leurs maisons, leurs habitudes et une bonne partie de leurs faiblesses. Plus le groupe devient intime, plus la possibilité de cacher quelque chose devient paradoxalement précieuse.
Le format sériel était donc presque l'évidence. Sept épisodes permettent de regarder la façade craquer beaucoup plus lentement qu'un film de quatre-vingt-dix minutes. C'est justement pour cela qu'on peut regretter les occasions où De Eetclub préfère ajouter une nouvelle fissure plutôt que regarder assez longtemps celle qui était déjà là.