Deux Green Lanterns qui préféreraient presque travailler seuls

Lanterns commence avec une idée beaucoup moins spectaculaire que son matériau d’origine : mettre Hal Jordan et John Stewart dans une voiture, les envoyer au Nebraska et attendre qu’ils commencent à se supporter. Hal est déjà une légende lorsqu’on lui impose John comme recrue. Il voit derrière cet apprentissage la possibilité très concrète d’être remplacé. John, lui, n’a aucune envie de passer sa carrière à remercier un mentor qui lui rappelle constamment qu’il n’a pas demandé sa présence.

Kyle Chandler joue Hal comme un mélange très efficace d’assurance professionnelle, d’instinct et d’usure. Son charme existe encore, mais il sert autant à masquer l’égoïsme qu’à séduire. Aaron Pierre construit John dans l’autre direction : davantage de contrôle, beaucoup de colère contenue et une attention presque architecturale à ce qui l’entoure. Plusieurs critiques ayant reçu sept des huit épisodes convergent sur le même point : c’est cette incompatibilité qui fait avancer la série lorsque l’enquête ralentit.

Le rapport de transmission évite aussi le confortable cliché du vieux maître déjà prêt à disparaître. Hal défend sa place. John veut la mériter sans devenir Hal. Les dialogues prennent donc régulièrement la forme de petites négociations de pouvoir plutôt que de leçons de super-héros. C’est souvent plus amusant que les plaisanteries écrites pour l’être.

True Detective avec une bague verte, mais pas seulement

Le rapprochement avec True Detective est impossible à ignorer : route poussiéreuse, petite ville qui protège ses secrets, policiers extérieurs au tissu local, enquête qui révèle des rancœurs plus anciennes que le crime initial. Chris Mundy connaît évidemment ce vocabulaire, et Lanterns l’utilise suffisamment bien pour ne pas ressembler à une simple peau DC posée sur un polar HBO.

Rushville devient rapidement plus intéressante que le prétexte criminel qui y conduit les Lanterns. Kelly Macdonald donne à la shérif Kerry Kane l’autorité nécessaire pour ne jamais devenir la fonctionnaire locale chargée d’expliquer le décor aux héros. Garret Dillahunt et Poorna Jagannathan participent au même travail : leurs personnages ont des vies et des intérêts propres avant d’être des pièces dans une conspiration.

C’est là que l’approche terrestre justifie son existence. Les Green Lanterns pourraient matérialiser presque n’importe quoi avec leurs anneaux ; la série préfère longuement les regarder essayer de comprendre des gens. Ce choix peut frustrer celui qui vient chercher huit heures de constructions vertes et de batailles interstellaires. Il permet en revanche aux pouvoirs de conserver une étrangeté lorsqu’ils surgissent enfin dans un cadre qui avait commencé à ressembler à un drame criminel presque ordinaire.

John Stewart bénéficie davantage du temps long

La série utilise plusieurs temporalités pour raconter ce que le mentorat ne suffit pas à expliquer. Le passé familial de John, sa relation à la peur et la manière dont il définit lui-même le courage disposent d’un espace que le cinéma aurait probablement condensé en deux flashbacks et une conversation grave devant une fenêtre. L’épisode centré sur ses origines fait partie des passages les plus régulièrement salués du corpus critique.

Cette approche permet surtout à Aaron Pierre de ne pas jouer un simple héritier. John observe Hal, l’admire parfois, le juge souvent et découvre assez vite que porter le même symbole ne garantit ni la même morale ni la même conception du devoir. Lanterns transforme alors la succession super-héroïque en conflit de personnalité avant d’en faire une question de continuité de franchise.

Hal reste pourtant la présence la plus immédiatement séduisante. Chandler sait rendre son arrogance drôle sans la rendre inoffensive, et plusieurs scènes prennent une autre couleur lorsque le spectateur comprend que son assurance est aussi une méthode de fuite. Le scénario aime cependant tellement le démonter qu’il explicite parfois ce que son acteur avait déjà fait comprendre.

Les sauts temporels finissent par coûter quelque chose

La construction entre différentes périodes crée du mystère, mais elle dérègle aussi le rythme. Certains flashbacks arrivent au moment exact où l’enquête terrestre aurait besoin de conserver son élan. Des critiques ont également relevé un deuxième et un quatrième épisode moins denses, ainsi qu’une impression de série parfois divisée entre enquête rurale, drame familial, commentaire sur l’héroïsme et mythologie cosmique.

Le défaut devient plus visible parce que Lanterns possède seulement huit épisodes. Une heure entière consacrée à déplacer des informations ou à retarder une révélation pèse davantage dans une saison aussi courte. Les dialogues restent souvent assez bons pour éviter l’ennui, mais tout le mystère n’a pas la même force que les personnages qui le traversent.

La série a aussi tendance à expliquer ses thèmes après les avoir correctement mis en scène. La peur, l’héritage, le pouvoir et la responsabilité circulent naturellement dans la relation Hal-John ; quelques conversations les remettent ensuite sur la table comme si l’image et les acteurs n’avaient pas déjà effectué le travail.

Le manque de spectacle est un choix, son efficacité varie

La retenue vis-à-vis de l’action est l’élément le plus clivant du corpus. Lanterns peut passer de longues périodes sans chercher le grand morceau de bravoure attendu d’une adaptation Green Lantern. Quand l’action augmente franchement, elle ressemble presque à l’irruption momentanée d’une autre série. Le contraste donne du poids aux pouvoirs, mais souligne aussi à quel point certains épisodes précédents ont fonctionné sur un régime volontairement bas.

The Guardian y voit surtout une série trop plate, là où TV Guide, le Los Angeles Times, RogerEbert.com ou TechRadar considèrent que cette sobriété donne de la place aux personnages. Les deux impressions peuvent parfaitement coexister. Lanterns est meilleur lorsqu’il utilise son absence de spectacle pour produire de la tension ; il l’est moins lorsqu’il donne simplement l’impression de différer ce que son univers pourrait montrer.

Sinestro illustre un problème voisin. La mythologie Green Lantern existe, les Guardians existent, Guy Gardner et d’autres éléments du DCU rappellent que Rushville n’est pas le centre de l’univers. Pourtant, plusieurs figures restent volontairement périphériques. Ce refus de transformer chaque apparition en bande-annonce pour une autre histoire est appréciable, même si certains personnages donnent momentanément l’impression d’avoir été invités pour attendre leur tour.

Une Review avant le dernier acte public

Au 26 septembre 2026, six épisodes ont été diffusés ; les épisodes sept et huit sont programmés pour les 27 septembre et 4 octobre. Plusieurs critiques de lancement ont néanmoins travaillé à partir de sept épisodes sur huit. Cette Review synthétise donc un corpus plus avancé que la diffusion publique actuelle, sans transformer le final encore inédit en conclusion acquise.

Ce qui est déjà clair ne dépend pas du dernier rebondissement. Lanterns a trouvé une manière crédible de rendre Hal Jordan et John Stewart intéressants avant de les rendre impressionnants. La série ne possède pas toujours le rythme ni la netteté structurelle de son duo central, mais elle comprend quelque chose d’essentiel : un anneau capable de matérialiser n’importe quelle idée devient beaucoup plus intéressant lorsqu’il est porté par deux hommes incapables de se mettre d’accord sur ce qu’il faudrait en faire.