La meilleure idée de Mercredi tient dans un détail minuscule : Jenna Ortega cligne à peine des yeux.

Le personnage peut rester parfaitement immobile pendant que tous ceux qui l'entourent surjouent leur enthousiasme, leur peur ou leur embarras. Ortega attend une demi-seconde, tourne légèrement la tête et laisse tomber une phrase comme un petit cercueil sur la conversation.

Une série entière repose presque sur ce contraste.

Jenna Ortega comprend que Mercredi ne doit surtout pas essayer d'être sympathique

Le piège évident consistait à transformer Mercredi Addams en adolescente sarcastique finalement très gentille sous sa carapace.

La série s'en approche parfois, mais Ortega maintient quelque chose de beaucoup plus intéressant. Mercredi peut aimer quelqu'un et rester difficile à vivre. Elle peut sauver un ami sans apprendre soudainement à distribuer des câlins.

Son humour dépend de cette cohérence.

La première saison lui offre déjà une quantité impressionnante de répliques morbides, mais c'est souvent le silence après la phrase qui fonctionne. The Guardian avait immédiatement identifié la force de cette interprétation, tandis que le consensus critique de la deuxième saison continue de placer Ortega au centre des qualités de la série.

La première saison greffe un teen drama très classique sur une héroïne qui ne l'est pas

Nevermore Academy est une solution efficace : entourer Mercredi de loups-garous, sirènes, gorgones et autres marginaux permet de construire une école suffisamment étrange pour supporter l'univers Addams.

Le revers apparaît rapidement.

Clubs scolaires, rivalités, bal, compétition entre élèves, garçons mystérieux et triangle amoureux rapprochent parfois dangereusement la série d'un modèle de fiction adolescente que l'on connaît par cœur.

Le paradoxe est amusant : le personnage qui méprise le conformisme se retrouve dans une narration parfois très conforme.

L'enquête fonctionne mieux que la romance

La première saison devient beaucoup plus convaincante lorsque Mercredi joue les détectives.

Les meurtres de Jericho, le monstre, les secrets de Nevermore et le passé de sa propre famille utilisent correctement son obsession pour les cadavres et sa méfiance pathologique.

Les histoires sentimentales sont beaucoup moins naturelles.

Mercredi peut parfaitement ressentir de l'attirance ou être troublée par quelqu'un. Le problème vient surtout de la place donnée au mécanisme du triangle amoureux, qui semble parfois appartenir à une autre série.

La saison 2 prend une décision bienvenue : elle en réduit fortement l'importance.

Enid est la personne qui révèle le mieux Mercredi

Le duo formé avec Enid Sinclair est beaucoup plus riche que n'importe quel triangle amoureux.

Enid adore les couleurs que Mercredi déteste, parle lorsqu'elle préférerait le silence et exprime ses émotions sans chercher à les transformer en énigmes.

Une version paresseuse du scénario aurait simplement demandé aux deux personnages de devenir progressivement identiques.

Mercredi fait mieux.

Enid apprend à résister davantage à son amie. Mercredi apprend qu'elle peut tenir à quelqu'un sans devenir Enid pour autant.

La deuxième saison comprend particulièrement bien cette dynamique en plaçant le destin d'Enid au cœur des visions et des inquiétudes que Mercredi refuse évidemment de nommer comme telles.

La saison 2 sait davantage quoi faire de la Famille Addams

L'une des critiques légitimes de la première saison concernait la famille elle-même.

Isoler Mercredi à Nevermore était nécessaire pour qu'elle possède sa propre histoire, mais cela privait aussi la série de l'une des grandes forces de l'univers Addams : cette famille dysfonctionnelle selon les normes du monde extérieur et étonnamment fonctionnelle selon les siennes.

La saison 2 corrige nettement le tir.

Pugsley rejoint Nevermore. Morticia et Gomez sont davantage présents. Grandmama élargit encore les conflits familiaux. La Chose continue d'être capable de jouer une scène entière avec cinq doigts.

Cela change aussi Mercredi. Face à Enid, elle peut jouer la solitaire. Face à Morticia, elle redevient une fille persuadée que sa mère constitue une forme particulièrement élégante de persécution.

La relation mère-fille est plus intéressante que beaucoup de mystères surnaturels

Catherine Zeta-Jones et Jenna Ortega disposent d'une contradiction très simple à exploiter.

Mercredi veut croire qu'elle ne ressemble absolument pas à sa mère. La série prend un plaisir évident à démontrer l'inverse.

La saison 2 approfondit cette tension en liant davantage les pouvoirs psychiques de Mercredi à l'histoire familiale.

Ce terrain est beaucoup plus fertile qu'une simple opposition parent-adolescente, parce que Morticia connaît suffisamment sa fille pour comprendre les sentiments qu'elle essaie de dissimuler.

Tim Burton donne à Nevermore une texture plutôt qu'un simple filtre sombre

La série doit beaucoup à son architecture, ses costumes, ses accessoires et ses contrastes de couleurs.

Netflix détaille d'ailleurs le travail particulièrement poussé effectué pour la deuxième saison sur les décors, coiffures, costumes, prothèses et créatures.

L'identité de Burton fonctionne mieux lorsqu'elle passe par une forme ou un objet que lorsqu'elle se contente d'une palette sombre : une fenêtre trop pointue, une machine bizarre, une créature grotesque ou un uniforme noir et violet font davantage que n'importe quelle baisse artificielle de luminosité.

Enid sert ici encore de contrepoint. Sa chambre et ses vêtements transforment certaines compositions en guerre chromatique contre Mercredi.

La saison 2 devient plus Addams, plus horrifique et aussi plus encombrée

Le deuxième chapitre a été mieux reçu par la critique : Rotten Tomatoes agrège 87 % d'avis positifs, contre 74 % pour la première saison.

On comprend facilement pourquoi.

La romance recule. L'horreur devient plus présente. Steve Buscemi apporte un directeur de Nevermore immédiatement suspect. La famille s'agrandit et le scénario explore davantage la mythologie entourant les pouvoirs de Mercredi.

Mais l'amélioration produit son propre problème.

La série veut désormais suivre les Addams, Enid, Tyler, Bianca, Pugsley, de nouveaux élèves, de nouveaux adultes, plusieurs monstres et plusieurs mystères à la fois.

RogerEbert avait apprécié les quatre premiers épisodes tout en trouvant la deuxième moitié sensiblement plus chargée. D'autres critiques ont formulé le même reproche : l'élargissement de l'univers commence à concurrencer le développement des personnages.

Toutes les surprises ne méritent pas d'être des twists

Mercredi adore cacher l'information.

C'est logique pour une enquête, beaucoup moins lorsque la série retient certaines explications principalement pour provoquer une révélation de fin d'épisode.

Ses meilleurs mystères donnent envie de revenir sur une scène antérieure en comprenant soudainement un détail.

Les moins bons donnent surtout l'impression qu'une nouvelle couche de scénario vient d'être posée au-dessus de la précédente.

Nevermore reste parfois trop proche du modèle de l'école magique

La comparaison avec Harry Potter est devenue presque impossible à éviter.

École ancienne, maisons sociales implicites, élèves dotés de pouvoirs distincts, professeur potentiellement louche, secrets enfouis dans l'histoire de l'établissement : les ressemblances structurelles existent.

Variety défend justement la série en rappelant que cette familiarité n'annule pas la qualité de ses détails et de son atmosphère.

C'est le bon diagnostic.

Nevermore n'est pas une idée révolutionnaire. Mercredi Addams y est, elle, suffisamment spécifique pour empêcher la série de devenir une simple copie.

La deuxième saison montre que la série peut évoluer sans réparer son héroïne

C'est probablement sa meilleure réussite narrative.

Mercredi apprend progressivement que d'autres personnes peuvent compter pour elle. Elle ne devient pas pour autant chaleureuse, bavarde ou socialement confortable.

Son évolution s'exprime davantage dans ce qu'elle fait que dans ce qu'elle accepte d'avouer.

Cela convient infiniment mieux au personnage.

La série prépare déjà son troisième chapitre

Netflix a renouvelé Mercredi pour une troisième saison, actuellement en préparation pour poursuivre l'histoire après les huit épisodes de la saison 2.

En avril 2026, Netflix a notamment dévoilé que ce nouveau chapitre comprendrait un détour par Paris.

Ce futur contenu ne change évidemment pas la note des deux saisons déjà diffusées.

Il souligne simplement le principal défi qui attend désormais la série : son monde s'agrandit beaucoup plus vite que son héroïne n'accepte de nouvelles personnes dans sa vie.

Pour rester aussi efficace, Mercredi devra probablement apprendre à faire ce que son personnage maîtrise parfaitement : regarder tout ce bruit autour d'elle et décider froidement de ce qui mérite vraiment son attention.