Une série qui a longtemps été prisonnière de son propre génie

Le problème avec Rick et Morty n’a jamais vraiment été le manque d’idées. Même dans ses saisons les plus faibles, la série pouvait encore lancer en quelques minutes un concept de science-fiction que d’autres productions auraient utilisé comme prémisse pour une saison entière. Univers parallèles, réalités simulées, vies artificielles, doubles, clones, civilisations miniatures, mémoire trafiquée : son moteur créatif a rarement été à sec.

Le problème est arrivé lorsque la série a commencé à être trop consciente de cette réputation. Certaines saisons intermédiaires donnent parfois l’impression de regarder Rick et Morty commenter Rick et Morty en train d’essayer d’écrire un épisode de Rick et Morty. La plaisanterie peut être brillante. Après la troisième couche de méta, elle fatigue.

La saison 9 est justement intéressante parce qu’elle paraît moins obsédée par l’idée de démontrer qu’elle connaît ses propres ficelles. Le consensus critique récent est particulièrement favorable : Rotten Tomatoes affiche 100 % pour dix critiques recensées, tandis que Metacritic rassemble plusieurs avis positifs allant de 70 à 90. Ce n’est pas une preuve mathématique de qualité, mais les arguments convergent assez clairement vers un regain de forme.

Rick évolue enfin sans que la série le transforme en quelqu’un de fréquentable

C’est le changement le plus important de la série. Le Rick des débuts pouvait toujours effacer les conséquences d’un épisode avec un portail, une nouvelle dimension ou simplement suffisamment de mépris pour prétendre que rien n’avait d’importance. C’était drôle parce que le reste de la famille n’avait pas encore compris les règles.

Neuf saisons plus tard, ces règles ne fonctionnent plus aussi facilement.

Rick reste arrogant, dangereux, alcoolique et capable d’une cruauté spectaculaire. Il est simplement moins protégé par le scénario contre ses propres émotions. Les critiques de la saison 9 relèvent régulièrement ce mouvement : sa dépression, son rapport à l’alcool et sa difficulté à vivre avec les autres ne sont plus seulement des ressorts pour une punchline nihiliste. La série accepte qu’un personnage puisse changer sans devenir subitement sain.

C’est nettement plus intéressant que de chercher à ressusciter le Rick tout-puissant des premières saisons. Celui-là était une excellente machine comique. Il serait aujourd’hui une impasse.

Morty n’est plus seulement l’enfant terrorisé sur le siège passager

Morty a suivi le trajet inverse. L’adolescent paniqué du pilote a passé tellement de temps avec Rick qu’il en a absorbé une partie des méthodes, du cynisme et surtout de la capacité à fonctionner dans le chaos.

La série joue parfois dangereusement avec cette évolution, notamment lorsque des personnages comme Evil Morty reviennent et que la mythologie doit soudain avancer en quelques scènes. Plusieurs réactions à la saison 9 ont trouvé certains choix autour de ce personnage trop abrupts. La critique est recevable : Rick et Morty adore construire une énormité pendant des années, puis la dégonfler en expliquant que s’attacher au canon était précisément la blague.

Pourtant, Morty gagne énormément à ne plus être réinitialisé. Son rapport à Rick est plus dur, ses réflexes sont différents, et il peut désormais être celui qui comprend une situation avant son grand-père.

La famille Smith est devenue indispensable

Summer, Beth et Jerry ont longtemps été utilisés comme contrepoints aux aventures principales. Aujourd’hui, les meilleurs épisodes savent qu’ils constituent une seconde architecture de la série.

Jerry reste Jerry, heureusement. Mais il est moins souvent réduit au rôle du lâche parfaitement inutile. Beth et Space Beth permettent à la série d’examiner le narcissisme familial sans toujours passer par Rick. Summer peut tenir une intrigue de science-fiction sans attendre que Morty lui cède sa place.

GamesRadar souligne justement que la saison 9 utilise mieux l’ensemble de la famille au lieu de la laisser attendre le retour des deux personnages du titre. C’est une évolution tardive, mais logique : après autant d’années, revenir chaque semaine à « Rick emmène Morty quelque part et Jerry ne comprend rien » aurait fini par ressembler à une rediffusion.

Visuellement, la série continue de dépenser son énergie au bon endroit

Adult Swim décrit la saison 9 comme la plus ambitieuse techniquement de la série et a consacré du contenu en coulisses à ses séquences dessinées à la main, ses modèles 3D et des scènes réunissant des centaines de personnages. Le discours promotionnel est évidemment à prendre comme tel, mais l’ambition est visible.

Rick et Morty reste graphiquement très simple dans son design de base. C’est presque un avantage. Lorsque l’animation décide soudain d’exploser en combat chorégraphié, en architecture extraterrestre grotesque ou en transformation impossible, le contraste produit encore son effet.

La série sait aussi que la technique seule ne suffit pas. Une bataille gigantesque peut être impressionnante et malgré tout moins mémorable qu’un Rick assis dans un garage, incapable de gérer une conversation.

Ian Cardoni et Harry Belden ne sont plus « les nouvelles voix »

Le remplacement des voix de Rick et Morty aurait pu rester pendant des années la distraction principale de chaque épisode. Ce n’est plus vraiment le cas.

Ian Cardoni et Harry Belden ont désormais plusieurs saisons derrière eux, et la critique de la saison 9 souligne régulièrement à quel point ils se sont installés dans les personnages. Leur réussite n’est pas de produire une imitation que l’on examinerait syllabe par syllabe. C’est précisément qu’on finit par arrêter d’y penser.

Cardoni trouve notamment davantage de nuances lorsque Rick cesse de parler comme s’il contrôlait toujours la pièce. Belden accompagne bien un Morty plus assuré sans lui retirer ce fond de panique qui reste essentiel.

Neuf saisons, forcément quelques portails qui donnent sur un mur

Tout ne fonctionne pas. Certaines idées seraient extraordinaires sous forme de court métrage de huit minutes et deviennent plus minces une fois étirées sur un épisode complet. Quelques intrigues secondaires ressemblent à des variations de mécanismes déjà vus. Et lorsque la série ouvre la boîte du canon, elle semble parfois hésiter entre satisfaire les spectateurs qui suivent tout depuis 2013 et se moquer d’eux pour avoir suivi tout depuis 2013.

Le corpus critique de la saison 9 reflète bien cette réserve. Collider juge son expérience globale imparfaite malgré des épisodes autonomes efficaces. Metacritic relève également cette différence entre une saison nettement meilleure et une saison où tous les épisodes ne sont pas au même niveau. Même les avis très positifs parlent davantage de constance retrouvée que d’un alignement de chefs-d’œuvre.

Et c’est très bien ainsi.

Rick et Morty n’a plus besoin d’être le phénomène qu’elle était

Il y a une époque où la série débordait largement de l’écran. Pickle Rick, la sauce Szechuan, les portails verts et les citations de Rick étaient partout, avec tout ce que cette surexposition a produit de drôle, de pénible et parfois de franchement embarrassant.

Cette phase est terminée. The Guardian décrivait récemment Rick et Morty comme l’un des rares programmes Adult Swim à avoir réellement percé dans le grand public, mais la série n’occupe plus aujourd’hui le même espace culturel qu’à son pic.

Curieusement, cela lui réussit.

La saison 9 peut simplement être une bonne saison d’une très longue série animée. Elle peut faire revenir Evil Morty, passer ensuite à une histoire familiale absurde, laisser Rick s’effondrer un peu, repartir vers un concept complètement idiot et recommencer la semaine suivante.

Après neuf saisons, rester capable de surprendre sans avoir constamment besoin de rappeler qu’on est la série la plus intelligente de la pièce constitue déjà une jolie victoire.