Peter Parker possède toujours ses pouvoirs. C'est à peu près tout ce qu'il lui reste.

Quatre ans après que le monde a oublié son existence, il vit seul dans un appartement new-yorkais délabré, travaille comme Spider-Man presque à plein temps et observe de loin MJ et Ned continuer leur vie sans lui. Destin Daniel Cretton ouvre son film sur quelque chose que les Spider-Man de Tom Holland avaient rarement eu le temps d'être : une routine.

Elle est triste, mal payée et étonnamment efficace.

Tom Holland n'a plus besoin de jouer l'adolescent

Le changement le plus important de Brand New Day n'est ni un nouveau costume ni un nouveau méchant. Holland joue enfin Peter comme un adulte marqué par ce qui lui est arrivé. RogerEbert.com et Screen Daily insistent tous deux sur cette évolution, et même les critiques plus réservées reconnaissent que l'acteur porte bien cette version plus solitaire du personnage.

Son Spider-Man continue à plaisanter lorsqu'il se balance entre les immeubles. Peter, lui, ressemble davantage à quelqu'un qui utilise son travail pour éviter de rentrer chez lui.

Cretton filme mieux les corps que les portails multiversels

Après le gigantisme de No Way Home, Brand New Day revient à une action plus physique. Les combats restent évidemment chargés d'effets numériques, mais plusieurs séquences sont construites autour des trajectoires, des chutes, des impacts et du déplacement réel dans l'espace.

Le Los Angeles Times remarque particulièrement cette qualité dans une confrontation aérienne où la caméra accompagne les mouvements plutôt que de simplement enregistrer une tempête de particules. Cretton avait déjà montré dans Shang-Chi qu'il savait donner du rythme à un affrontement. Spider-Man lui offre un corps encore plus intéressant à suivre.

Le corps de Peter devient aussi le problème

Le film introduit une dimension presque horrifique lorsque les capacités de Spider-Man commencent à évoluer et que Peter tente de contrôler ce qui lui arrive. The Guardian va jusqu'à évoquer David Cronenberg pour décrire certains passages.

L'idée est bonne parce qu'elle matérialise une crise qui existait déjà. Peter veut devenir uniquement Spider-Man, supprimer la partie de lui-même qui souffre et continuer à fonctionner. Son propre organisme refuse ce partage propre.

Variety reproche au film de refermer trop rapidement certaines de ces pistes. C'est probablement sa critique la plus juste : Brand New Day trouve régulièrement une idée plus intéressante que le temps qu'il décide de lui consacrer.

Zendaya n'a besoin que d'entrer dans une pièce

MJ ne se souvient toujours pas de Peter. Cela donne aux scènes entre Zendaya et Holland quelque chose que la romance du MCU possède rarement : un vrai déséquilibre.

Lui connaît chaque détail de leur histoire. Elle voit un inconnu un peu étrange qui semble en savoir trop.

The Guardian considère Zendaya comme celle qui sauve le film de ses automatismes les plus génériques. La formulation est sévère, mais le constat tient. Son jeu plus calme oblige Holland à abandonner l'énergie nerveuse habituelle de Peter. Lorsqu'ils se retrouvent face à face, Brand New Day devient soudain beaucoup plus silencieux que son budget.

Punisher donne au héros un miroir particulièrement mauvais

Jon Bernthal apporte une brutalité très différente. Frank Castle et Spider-Man travaillent dans les mêmes rues avec deux conceptions presque incompatibles de ce que signifie protéger quelqu'un.

Le film n'a pas besoin de transformer leur opposition en dissertation morale. Bernthal suffit à donner une masse et une colère concrètes à un univers où les affrontements deviennent parfois trop abstraits.

Mark Ruffalo retrouve Bruce Banner dans un registre différent, tandis que les apparitions d'autres personnages Marvel rappellent cependant progressivement que ce Spider-Man supposément revenu à une existence plus locale appartient toujours à une immense machine partagée.

Le méchant fonctionne mieux comme idée que comme climax

La menace centrale repose sur la perte de contrôle de soi et l'intrusion dans l'esprit des autres, ce qui la relie assez naturellement à un Peter qui essaie précisément de verrouiller ses propres émotions.

Variety trouve sa résolution trop indulgente et juge que la confrontation finale affaiblit une prémisse plus inquiétante. RogerEbert.com formule une réserve voisine : le film ouvre plusieurs pistes ambitieuses, puis semble hésiter devant leurs conséquences.

Ce sentiment devient particulièrement visible dans le dernier tiers.

Deux heures vingt-cinq pour recommencer à avancer

Brand New Day dure environ 145 minutes. Variety le trouve une bonne demi-heure trop long ; The Guardian le juge parfois poussif ; Time Out estime que son dernier acte perd l'énergie de ses meilleures parties.

La durée serait moins gênante si le film cessait de rappeler régulièrement qu'il appartient à une histoire plus grande. RogerEbert.com reproche précisément à cette quatrième aventure de ressembler encore à une préparation pour les futurs films du MCU.

Le paradoxe est presque parfait : tout ce qui fonctionne dans Brand New Day vient d'un Peter Parker débarrassé de son ancienne vie et ramené à quelques relations concrètes. Tout ce qui l'alourdit vient d'un univers qui refuse de le laisser réellement seul.

Le meilleur Spider-Man reste celui qui doit rentrer à pied

Cretton termine régulièrement ses grandes scènes sur des choses plus petites : une rue, un visage, un appartement, des New-Yorkais qui n'ont aucune importance cosmique.

C'est exactement là que le film retrouve Spider-Man.