Toy Story 5 arrive avec un handicap que le scénario ne peut pas cacher : cette saga a déjà trouvé deux fins très satisfaisantes. Toy Story 3 avait refermé l'enfance d'Andy. Toy Story 4 avait séparé Woody de la chambre de Bonnie et donné au cowboy une nouvelle existence. Revenir encore oblige Pixar à trouver autre chose qu'un prétexte.

Andrew Stanton et Kenna Harris n'inventent pas une nouvelle obsession. Ils reprennent la plus ancienne de Toy Story : qu'arrive-t-il à un jouet lorsqu'un enfant n'a plus besoin de lui ? La différence tient cette fois à la cause. Bonnie n'est pas encore devenue adulte. Elle préfère simplement passer son temps avec Lilypad, une tablette verte en forme de grenouille.

Jessie était la bonne héroïne pour cette histoire

Le meilleur choix du film consiste à placer Jessie devant Woody et Buzz. RogerEbert.com a particulièrement salué ce déplacement, et le consensus critique lui donne raison : le personnage possède déjà exactement la blessure dont le scénario a besoin.

Toy Story 2 racontait comment Emily avait grandi puis abandonné Jessie. Bonnie qui s'éloigne du jeu ne provoque donc pas chez elle une inquiétude abstraite. Elle reconnaît une histoire qu'elle a déjà vécue.

Joan Cusack évite pourtant que cette continuité transforme Jessie en personnage uniquement traumatisé. Elle reste brusque, énergique, parfois trop sûre d'elle. L'émotion vient précisément de cette résistance.

Lilypad fonctionne mieux lorsqu'elle cesse d'être une ennemie

Le slogan « Toy meets Tech » pouvait donner naissance au plus vieux discours familial du monde : les vrais jouets seraient bons, les écrans mauvais et les enfants modernes irrécupérables.

Pixar avait initialement imaginé un conflit beaucoup plus binaire. Kenna Harris a expliqué après la production que cette approche avait évolué parce que la technologie ne pouvait tout simplement pas disparaître de l'enfance contemporaine.

Le film devient plus intéressant à cet endroit. Lilypad n'est pas seulement un objet qui vole l'attention de Bonnie. Elle essaie également de l'aider à communiquer avec d'autres enfants sur « The Pond ». Greta Lee lui donne une douceur suffisamment crédible pour que Jessie et elle puissent vouloir le bien de la même enfant tout en défendant deux conceptions opposées de ce qui lui manque.

La nuance enlève un peu de mordant au conflit, mais elle évite surtout un antagoniste très paresseux.

Pixar est encore meilleur lorsqu'il arrête d'expliquer

Les passages les plus convaincants montrent Bonnie en train de jouer plutôt que des personnages en train de disserter sur le jeu.

L'espace change avec son imagination, les objets prennent des fonctions absurdes, et l'animation abandonne momentanément la logique physique de la chambre pour celle d'un enfant. Variety a placé cette inventivité parmi les grandes forces du film.

La maîtrise technique est presque devenue difficile à commenter tant Pixar l'a normalisée. Le plastique, le tissu, les rayures et les poussières sont d'une précision extrême, tandis que les personnages conservent des expressions volontairement larges. La matière est réaliste ; le mouvement ne cherche jamais à l'être complètement.

La saga tourne quand même autour de la même peur depuis trente ans

C'est la réserve qui revient le plus nettement dans le corpus critique. Rotten Tomatoes affiche 93 % sur 324 critiques et Metacritic 73 sur 100 à partir de 55 critiques : l'accueil est largement favorable, mais certainement pas sans objections.

Le Los Angeles Times pointe directement la répétition. Woody avait peur d'être remplacé par Buzz dès 1995. Les films suivants ont transformé cette même angoisse en abandon, croissance, collection, liberté puis technologie.

Toy Story 5 possède une nouvelle couleur dans la boîte. Le dessin reste familier.

Ce problème touche surtout Woody et Buzz. Ils sont plaisants à retrouver et leurs voix suffisent à faire revenir une quantité considérable de mémoire affective. Leur nécessité dramatique est moins évidente. RogerEbert.com juge notamment que le film trouve moins de choses intéressantes à faire avec Woody qu'avec Jessie.

Le film ne veut finalement pas déclarer la guerre aux écrans

Cette prudence produit une contradiction intéressante. Toy Story 5 montre une Bonnie de huit ans qui doute de son envie de jouer parce que ses camarades préfèrent leurs écrans. Pixar décrit officiellement Lilypad comme l'outil qui l'encourage à discuter avec ses amies de danse en ligne.

Le scénario refuse de présenter l'une des deux situations comme entièrement saine ou entièrement catastrophique.

Le résultat peut paraître trop conciliant. The Guardian compte parmi les critiques ayant trouvé le traitement technologique plus confus et beaucoup moins incisif que son point de départ.

Mais le film choisit finalement un autre terrain. Il ne demande pas de supprimer l'écran. Il défend la capacité d'un enfant à inventer quelque chose qui n'est pas déjà proposé, recommandé ou organisé pour lui.

Un cinquième épisode qui trouve au moins sa propre émotion

Toy Story 5 n'atteint pas la puissance terminale de Toy Story 3, et il n'a évidemment plus le choc esthétique du premier film. Il ressemble davantage à une saga suffisamment vieille pour pouvoir revisiter ses propres idées en changeant de personnage et de génération.

Jessie justifie presque à elle seule cette méthode.

Elle n'a pas besoin d'apprendre qu'un enfant peut cesser de jouer avec elle. Elle doit apprendre qu'aimer Bonnie ne signifie pas empêcher Bonnie de changer.

Pour un film dont toute l'existence pouvait ressembler à un exercice de prolongation de marque, c'est une idée étonnamment peu cynique.