Le Festival international du film de Toronto 2026 a accueilli six films chinois ou en langue chinoise, contre trois lors de l'édition précédente. Le chiffre reste modeste face aux 257 films ouverts au public pendant le festival, mais le changement est assez net pour sortir du simple hasard de programmation.

Surtout, ces six titres ne racontent pas exactement la même histoire industrielle. Certains arrivent avec des stars capables d'attirer immédiatement les distributeurs. D'autres ont été construits par le circuit des festivals et des coproductions internationales avant de débarquer à Toronto.

Michelle Yeoh donne à It's My Time un passeport immédiat

Le cas le plus visible est It's My Time, réalisé par Bai Xue. Michelle Yeoh y incarne Zhao Yanhong, une femme de 70 ans vivant en maison de retraite qui se découvre un talent pour le Rubik's Cube et se lance dans la compétition avec un ancien champion interprété par Liu Haoran.

Le film avait déjà commencé sa carrière commerciale en Asie avant Toronto, avec des sorties en Chine puis notamment en Malaisie et à Singapour. Le TIFF lui a offert sa première nord-américaine le 17 septembre.

C'est exactement le type de projet qui brouille un peu l'ancienne séparation entre « film asiatique de festival » et « film populaire destiné à son marché domestique ». Bai Xue arrive avec une vedette mondiale, une comédie très accessible et un récit en mandarin et cantonais qui ne cherche pas à devenir anglophone pour circuler.

Peter Ho-Sun Chan revient avec Zhou Xun

The Road Not Taken joue une autre carte. Peter Ho-Sun Chan dirige Zhou Xun, Wen Qi, Tian Zhuangzhuang et Wang Xiao dans un drame autour de la maladie d'Alzheimer précoce. Toronto l'a programmé dans ses Special Presentations.

Chan connaît depuis longtemps la frontière entre cinéma commercial chinois et reconnaissance internationale. Sa présence ici compte moins comme découverte d'un nouveau cinéaste que comme rappel d'un modèle qui avait parfois perdu de sa visibilité hors d'Asie : des productions chinoises ambitieuses, portées par de grandes vedettes locales, capables de voyager sans être construites exclusivement pour le marché des festivals.

A Girl Unknown arrive déjà chargé de récompenses

À l'opposé, A Girl Unknown de Zou Jing appartient clairement à une nouvelle génération. Le film suit une jeune Chinoise de six à dix-huit ans, déplacée entre trois familles et trois identités successives. Li Gengxi, Shen Jiani, Cao Ruofan et Zu Feng composent la distribution.

Avant Toronto, le premier long métrage de Zou Jing avait déjà traversé la Semaine de la Critique à Cannes, où il a notamment obtenu le prix FIPRESCI et le prix Fondation Gan à la diffusion. Il poursuit désormais sa circulation internationale, avec d'autres rendez-vous programmés après Toronto.

C'est une trajectoire presque inverse de celle d'It's My Time : pas une vedette mondiale utilisée comme point d'entrée, mais un film qui accumule progressivement les labels, les prix et les distributeurs à mesure qu'il voyage.

Le mandarin dépasse aussi les frontières de la Chine continentale

La présence asiatique du TIFF ne se limitait d'ailleurs pas aux productions de Chine continentale. Des films en mandarin venus de Singapour, de Taïwan et de Malaisie figuraient également dans la programmation, au milieu d'une sélection asiatique beaucoup plus large.

C'est probablement le détail le plus utile à retenir. Parler d'un retour du « cinéma chinois » comme d'un bloc unique serait trop simple : ce qui circule aujourd'hui passe par des coproductions, des cinéastes formés dans plusieurs pays, des acteurs travaillant sur différents marchés et des langues partagées au-delà des frontières nationales.

Toronto ne fabrique pas encore un nouvel âge d'or

Doubler de trois à six films ne suffit évidemment pas à annoncer une nouvelle domination culturelle. Un festival est une photographie annuelle, pas un indicateur parfait de la santé d'une industrie entière.

Mais la photographie 2026 est tout de même intéressante. Michelle Yeoh peut porter une comédie chinoise populaire jusqu'à une grande première nord-américaine, Peter Ho-Sun Chan reste présent sur le segment prestige et Zou Jing arrive avec le type de premier film qui se construit une réputation d'étape en étape.

Toronto a aussi distingué Fan Bingbing dans le cadre de ses hommages cette année. Entre les films, les talents déjà installés et les nouveaux auteurs, l'Asie de l'Est n'occupait pas simplement quelques créneaux exotiques dans le programme.