Primetime est déjà en train de faire le tour du monde

Le cas le plus visible est Primetime de Lance Oppenheim. Produit notamment par A24, Range Media Partners et Square Peg, le film met Robert Pattinson dans la peau d'une version fictionnalisée de Chris Hansen au moment où To Catch a Predator devient un phénomène télévisuel américain.

Après son passage en compétition à la Mostra de Venise, la distribution commerciale démarre presque territoire par territoire. Metropolitan le sort en France le 23 septembre. L'Allemagne et l'Autriche suivent le 24, puis A24 le lance aux États-Unis le 25 septembre, le même jour que le Canada.

La circulation continue en octobre avec notamment la Malaisie, la Belgique, les Pays-Bas, la Grèce, le Portugal, la Pologne, l'Italie, la Roumanie, la Turquie puis l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Irlande et le Royaume-Uni. Pour un film indépendant américain, c'est déjà une sortie remarquablement internationale.

Et le sujet a quelque chose d'assez idéal pour Oppenheim. Primetime ne raconte pas seulement un fait divers : il revient sur le moment où journalisme, spectacle et humiliation télévisuelle ont commencé à devenir presque impossibles à séparer.

The Incomer préfère une île écossaise à la grosse machine promotionnelle

À une échelle beaucoup plus petite, The Incomer arrive le 25 septembre au IFC Center de New York après plusieurs projections accompagnées par l'équipe. Louis Paxton filme une île écossaise isolée où deux habitants vivent selon des règles héritées de leur père jusqu'à l'arrivée d'un fonctionnaire venu les évacuer.

Domhnall Gleeson rejoint Gayle Rankin, Grant O'Rourke, Emun Elliott et Michelle Gomez. Le film dure 100 minutes et a été tourné en Écosse, notamment autour de Helmsdale, Wick et Thurso.

Le point de départ pourrait presque devenir une comédie administrative : un homme arrive avec ses papiers, internet et ses habitudes du continent chez des gens qui n'en veulent absolument pas. Le film semble surtout intéressé par ce qui arrive quand une communauté se construit précisément autour du refus de l'extérieur.

John Wilson fait un film sur le béton, forcément

The History of Concrete possède l'un de ces titres dont on ne sait pas immédiatement s'il faut le prendre au sérieux. Avec John Wilson, il vaut probablement mieux faire les deux.

Le réalisateur de How To with John Wilson est parti sans grosse équipe ni budget confortable avec l'idée apparemment improbable de construire un documentaire autour du béton. Le film dérive ensuite vers Rome, New York, l'Ohio, les routes, les trottoirs, l'architecture et la fabrication même d'un documentaire.

Le film est actuellement projeté à New York, notamment au IFC Center, après un lancement en salles le 18 septembre et une présentation Film Independent le 23.

Ce n'est probablement pas le film qui gagnera la bataille des affiches dans un multiplexe. C'est un assez bon rappel de la raison pour laquelle le cinéma indépendant existe.

Ha-Chan, Shake Your Booty! traverse Tokyo par la danse

Josef Kubota Wladyka réunit Rinko Kikuchi, Alejandro Edda et Alberto Guerra dans Ha-Chan, Shake Your Booty!, une histoire de deuil qui passe par la danse et la possibilité assez embarrassante de recommencer à désirer quelqu'un.

Haru vit à Tokyo avec son mari mexicain Luis et partage avec lui une passion pour la danse de salon. Après une rupture brutale dans cette vie soigneusement organisée, le retour en cours de danse devient moins un loisir qu'une façon de réapprendre à bouger.

Le film a été présenté par Film Independent en septembre et figure dans le calendrier des sorties limitées américaines de la fin du mois. C'est aussi l'un des films de cette sélection qui résume le mieux ce que signifie réellement « cinéma mondial » : des identités japonaises, mexicaines et américaines circulent à l'intérieur de la même histoire sans que le film ait besoin de se transformer en carte postale internationale.

Barbara Forever est déjà sorti, mais mérite de ne pas disparaître après une semaine

Le documentaire Barbara Forever de Brydie O'Connor est arrivé dans les salles américaines le 4 septembre via Strand Releasing. Il revient sur Barbara Hammer, figure majeure du cinéma expérimental et lesbien, en grande partie à travers les images qu'elle a elle-même tournées durant des décennies.

Hammer a réalisé plus de 90 films. O'Connor évite la biographie bien rangée : les archives sont assemblées par idées, corps, relations et obsessions plutôt que selon une chronologie scolaire.

C'est typiquement le genre de sortie qui peut être engloutie par le calendrier en quelques jours alors que son sujet couvre un demi-siècle de cinéma indépendant.

Atonement montre aussi la frontière floue entre festival et sortie

Atonement, premier long métrage de Reed Van Dyk, a été présenté par Film Independent le 22 septembre. Boyd Holbrook, Hiam Abbass et Kenneth Branagh portent cette adaptation inspirée de l'article Atonement After Iraq de Dexter Filkins.

Le récit relie une famille irakienne à un vétéran américain hanté par une fusillade sur des civils. Dix ans plus tard, un article lui fournit un point de contact avec les personnes dont la vie a été bouleversée.

Ici, prudence sur le mot « sortie » : la projection de septembre est un rendez-vous Film Independent, pas une distribution mondiale en salles déjà fixée. C'est une différence importante dans le cinéma indépendant, où première de festival, projection professionnelle, sortie limitée et véritable exploitation commerciale sont souvent séparées de plusieurs mois.

Le circuit festival reste une partie du calendrier, pas une salle d'attente

Toronto, Venise, Sundance et les nombreux festivals nationaux ou spécialisés ne servent plus seulement à dévoiler les films avant une hypothétique carrière commerciale. Pour certaines productions indépendantes, cette circulation constitue déjà une part importante de leur exploitation réelle.

Des films britanniques sélectionnés à Toronto comme One Thick Second illustrent bien ce parcours : sélection internationale, presse, ventes territoire par territoire, puis calendriers de salles différents selon les pays.

Voilà pourquoi chercher une « date mondiale » unique fonctionne assez mal avec ce cinéma-là.

Le 25 septembre est malgré tout une journée particulièrement chargée

En Amérique du Nord, le calendrier limité du 25 septembre aligne notamment Primetime, The Incomer, le documentaire Pulp: What Do You Do for an Encore? distribué par MUBI, The Stunt Driver chez IFC Films et plusieurs productions beaucoup plus petites présentes seulement dans quelques villes.

La quantité ne signifie pas que tous bénéficieront de la même exposition. Un film A24 avec Robert Pattinson peut conserver son identité indépendante tout en disposant d'une puissance marketing sans commune mesure avec une œuvre lancée dans une ou deux salles.

C'est probablement le paysage le plus intéressant de cette rentrée : le mot « indépendant » va désormais d'un documentaire bricolé presque seul jusqu'à un film A24 avec une star mondiale et un plan de distribution sur plusieurs continents.

Octobre ne va pas ralentir

La première semaine d'octobre prolonge déjà ce mouvement avec de nouvelles sorties britanniques et nord-américaines, restaurations comprises. A24 doit également poursuivre son calendrier d'automne avant Club Kid en novembre et The Debut en décembre.

Le cinéma indépendant n'est donc pas caché parce qu'il manquerait de films. Il est surtout fragmenté entre les pays, les distributeurs, les festivals et des fenêtres d'exploitation qui ne commencent jamais toutes le même jour.

Pour cette semaine, Primetime sera le titre le plus facile à repérer. The Incomer ou The History of Concrete demanderont peut-être davantage de recherche selon le pays. C'est aussi un peu le jeu.