L'annonce corrige au passage une confusion facile à faire autour de ce projet. Son autorisation par la National Film Administration n'est pas nouvelle : le « Dragon Seal », indispensable à une exploitation en salles en Chine, avait été obtenu fin avril. L'information de cette fin septembre est la fixation de sa sortie nationale au 23 octobre 2026.

Le film arrive avec un statut inhabituel. Bona le présente comme le premier long métrage chinois utilisant profondément l'IA à avoir obtenu une autorisation d'exploitation en salles. Les autorités l'ont enregistré dans la catégorie animation, faute de catégorie réglementaire spécifique pour les œuvres générées avec l'intelligence artificielle. Sa durée finale annoncée est de 100 minutes.

Pas d'acteurs numérisés derrière les visages

Bona insiste désormais sur un détail qui n'est pas anodin : tous les personnages sont des créations numériques originales. Aucun n'est présenté comme la reproduction numérique d'un acteur réel. Dans une industrie où l'utilisation des visages, des voix et des performances par les modèles génératifs soulève déjà des conflits de droits, ce choix enlève au moins une source évidente de contentieux.

La société ne décrit pas pour autant Sanxingdui comme un film produit par une machine en autonomie. Son partage des tâches est plus précis. Le système Boka Movie Cloud Studio prend en charge la génération et l'exécution, tandis que l'équipe AIGMS de Bona conserve l'initiative créative, les décisions narratives et les arbitrages artistiques. Yue Ming est crédité comme scénariste et réalisateur.

Cette distinction est également devenue un élément de communication. Dès le printemps, Bona parlait de « co-création » plutôt que de génération automatique et affirmait vouloir maintenir l'humain aux commandes de l'inspiration, de l'esthétique et du jugement. Une façon assez transparente de prendre ses distances avec l'image du prompt transformé instantanément en long métrage.

1,2 million d'images avant d'obtenir 100 minutes

Les chiffres de fabrication racontent d'ailleurs quelque chose de beaucoup moins magique. D'après les informations communiquées par Bona à la presse chinoise, l'équipe a consacré deux ans à ses expérimentations techniques, produit plus de 1,2 million d'images de travail et repris le film complet plus d'une centaine de fois.

Ce volume est intéressant précisément parce qu'il contrarie le raccourci le plus commode autour de la génération vidéo : moins de tournage physique ne signifie pas nécessairement quelques commandes textuelles et un fichier final. Maintenir les personnages, les décors, les accessoires et la continuité visuelle pendant cent minutes reste un problème de production. Ici, la quantité de matière rejetée ou retravaillée fait partie du processus.

Le projet vient de loin. Une première série courte, Sanxingdui: Future Revelation, avait été lancée en 2024. Bona a ensuite développé ses outils et son pipeline AIGMS, avant de présenter une bande-annonce conceptuelle du long métrage au Hong Kong International Film & TV Market en mars 2026. Une version internationale a également été montrée pendant le Festival de Cannes en mai.

Sanxingdui contre la dépendance aux algorithmes

Le scénario ne cache même pas l'ironie de sa méthode de fabrication. Dans le futur imaginé par le film, l'humanité a confié une part croissante de ses décisions à une super-intelligence artificielle avant de se retrouver plongée dans une crise mondiale. La solution pourrait être dissimulée trois mille ans plus tôt, dans sept symboles gravés sur des bronzes de Sanxingdui.

Un archéologue découvre que ces inscriptions renferment ce qui ressemble à un code binaire impossible pour leur époque. L'aventure relie alors civilisation Shu ancienne, fouilles archéologiques et futur spatial. L'arbre de bronze, la grande figure debout et les masques aux yeux saillants de Sanxingdui sont réinterprétés dans l'esthétique hyperréaliste du film.

L'IA se retrouve donc des deux côtés de l'écran : outil industriel pour fabriquer l'image, et problème narratif à l'intérieur du récit. Cette mise en abyme est ambitieuse sur le papier. Sa valeur comme cinéma restera évidemment impossible à mesurer avant que le film lui-même soit accessible.

Le véritable test commence au guichet

C'est là que la date du 23 octobre devient plus importante que l'obtention du permis au printemps. Un visa d'exploitation établit qu'un film peut entrer sur le marché. Il ne dit rien de l'envie du public de payer pour le voir, de sa capacité à tenir deux heures sans rupture visuelle gênante ou de la manière dont les spectateurs réagiront à des personnages entièrement synthétiques.

La Chine dispose déjà d'une production AIGC considérable sur les plateformes courtes. Reuters rapporte que 221 900 programmes IA ont été lancés sur Douyin au premier semestre 2026. Cette abondance s'accompagne de plaintes sur le plagiat, l'originalité, l'utilisation des ressemblances et les conséquences sur certains métiers. Les règles chinoises imposent par ailleurs l'étiquetage des contenus AIGC, alors que le cadre du copyright reste encore incomplet.

Sanxingdui: Future Memories change surtout l'échelle du pari. Bona ne cherche plus seulement des vues sur une plateforme ou une démonstration dans un salon professionnel. À partir du 23 octobre, son pipeline génératif sera confronté à l'économie ordinaire du cinéma : séances, billets, bouche-à-oreille et maintien à l'affiche. Pour une technologie qui promet depuis longtemps de bouleverser la production, ce retour à des critères très classiques pourrait être le test le plus instructif.