Dans l'industrie du jeu vidéo, la réputation ne paie pas automatiquement le prochain projet. Polyarc en apporte une démonstration assez brutale : le studio de Moss a annoncé sa fermeture le 11 septembre après presque douze ans d'activité.
Vingt-neuf salariés figurent sur la liste de recrutement publiée avec l'annonce finale. Polyarc avait déjà perdu une large partie de ses effectifs quelques mois plus tôt.
Un projet annulé a cassé l'équilibre
Le point de rupture connu remonte au début de l'année. Polyarc avait expliqué devoir réduire significativement son équipe après l'annulation d'un projet majeur et l'échec d'une recherche collective de nouveaux financements.
Des informations publiées par d'anciens salariés ont ensuite précisé l'ampleur de la coupe : environ deux tiers du studio. Le projet aurait perdu son financement fin 2025 alors qu'il était en développement.
La fermeture de septembre n'est donc pas une décision surgie après une mauvaise semaine de ventes. Elle arrive au terme de plusieurs mois pendant lesquels Polyarc fonctionnait déjà avec une structure amputée.
Moss avait pourtant rempli sa mission culturelle
Moss fait partie des jeux qui ont contribué à donner une identité propre à la réalité virtuelle. Sa souris Quill n'était pas un avatar permettant au joueur de se regarder les mains. Elle existait devant lui, dans un monde miniature avec lequel le casque permettait d'entretenir une relation inhabituelle.
Le premier jeu est sorti en 2018. Moss: Book II a suivi en 2022 et remporté plusieurs distinctions importantes dans le secteur VR. D'un point de vue d'image, Polyarc disposait exactement de ce qu'un petit studio recherche généralement : une œuvre reconnaissable et une héroïne que l'on associe immédiatement à son créateur.
Ce capital culturel n'a pas supprimé le problème économique.
Le passage aux écrans classiques ressemblait déjà à un élargissement nécessaire
Moss: The Forgotten Relic, sorti en juillet, permettait pour la première fois de parcourir cette histoire sur consoles et PC sans casque VR. Polyarc parlait ouvertement du désir de toucher les joueurs que la barrière matérielle avait jusque-là laissés de côté.
La stratégie était intéressante : conserver l'univers le plus identifiable du studio tout en retirant son principal obstacle commercial. Une mise à jour gratuite ajoutant la coopération locale est encore sortie le 3 septembre.
Le 11 septembre, le studio annonçait que son travail était terminé.
Une industrie VR particulièrement exposée
La fermeture intervient dans un contexte où plusieurs acteurs historiques de la VR réduisent leurs équipes ou disparaissent. Le problème n'est pas uniquement celui du nombre de casques vendus. Produire un jeu demande des années de financement avant que les revenus éventuels n'arrivent, et un seul projet annulé peut retirer précisément la trésorerie qui devait soutenir toute la période suivante.
Pour un studio indépendant spécialisé, le risque est encore plus concentré : moins de projets simultanés, moins de revenus récurrents et une dépendance plus forte envers quelques partenaires capables de financer une production complète.
Polyarc n'a toutefois pas affirmé dans son annonce finale que la VR, Meta ou un acteur particulier était directement responsable de sa fermeture. L'identité du financeur du projet annulé n'a pas été publiquement confirmée par le studio.
Le paradoxe Polyarc
La fin de Polyarc laisse donc un paradoxe assez désagréable. Moss a réussi artistiquement à prouver qu'un jeu VR pouvait être autre chose qu'une démonstration technologique. Son studio n'a pas réussi à transformer cette réussite en sécurité économique durable.
C'est aussi ce qui rend cette fermeture plus significative qu'un simple nom ajouté à une liste de restructurations. Polyarc n'était pas un studio cherchant encore son premier succès. Il en avait déjà un.