Netflix a dévoilé le 23 septembre la première véritable bande-annonce de Ray Gunn, le nouveau long métrage d'animation de Brad Bird produit par Skydance Animation.
Le film arrivera sur Netflix le 18 décembre. Avant cela, il bénéficiera à partir du 4 décembre d'une sortie dans une sélection de salles, avec un nombre limité de projections en 70 mm.
Ce deuxième calendrier est loin d'être anodin pour un film qui semble justement obsédé par l'idée de traiter l'animation comme du cinéma avant de la traiter comme une catégorie.
Metropia n'est pas le futur : c'est le futur imaginé en 1939
La grande idée visuelle de Ray Gunn tient en une phrase assez simple.
Metropia représente un futur alternatif vu depuis 1939. Les bâtiments montent toujours plus haut, les voitures décollent et les hologrammes occupent des façades entières, mais le vocabulaire architectural reste celui de l'Art déco et du streamline moderne.
Brad Bird cite notamment les visions monumentales de Hugh Ferriss et les formes industrielles associées à Raymond Loewy et Norman Bel Geddes.
Le résultat n'est donc pas un rétrofuturisme qui colle quelques néons sur un décor ancien. La bande-annonce donne l'impression qu'une branche entière du XXe siècle aurait continué à développer sa propre idée de la modernité sans jamais adopter la nôtre.
Un détective humain devenu presque aussi archaïque que son imperméable
Sam Rockwell prête sa voix à Raymond Gunn.
Ray exerce encore le métier de détective privé à l'ancienne alors qu'une bonne partie de son travail peut désormais être effectuée par de petits robots d'investigation.
Il continue pourtant de marcher dans les rues, d'interroger des gens et de fréquenter des bureaux où les stores vénitiens semblent avoir remporté une guerre contre le progrès technologique.
Son partenaire Eye-Ra, doublé par Tom Waits, est un extraterrestre cyclope. L'idée pourrait facilement devenir une simple blague visuelle ; la bande-annonce le traite plutôt comme le collègue fatigué qui a déjà vu Ray prendre trop de mauvaises décisions.
Scarlett Johansson apporte le problème nommé Venus Nova
Le dossier qui remet Ray en mouvement tourne autour de Venus Nova, immense star multimédia doublée par Scarlett Johansson.
Netflix la décrit comme l'une des célébrités les plus importantes et les plus controversées de Metropia. Sa carrière est entourée de scandales et l'enquête entraîne Ray entre les étages les plus luxueux de la ville et ses zones beaucoup moins présentables.
C'est une structure parfaitement familière au film noir : un privé usé, une célébrité inaccessible, de l'argent, des gens qui mentent et une affaire qui devient forcément plus dangereuse qu'elle ne paraissait sur la facture initiale.
La différence est qu'ici le suspect peut être extraterrestre et que la femme fatale peut dominer une avenue entière sous forme d'hologramme.
Brad Bird résume le projet par The Maltese Falcon rencontre Buck Rogers
Bird utilise cette formule depuis longtemps pour expliquer Ray Gunn.
Le versant Maltese Falcon fournit le détective, la corruption et les personnages dont chaque sourire ressemble déjà à une mauvaise idée.
Le versant Buck Rogers apporte les fusées, les gratte-ciel impossibles, les espèces extraterrestres et la vision optimiste du progrès héritée de la première moitié du XXe siècle.
La bande-annonce fonctionne surtout parce qu'elle ne cherche pas à faire alterner ces deux influences. Elles occupent le même plan.
Un bureau de détective peut ressembler à une illustration de 1940 pendant qu'un alien attend derrière le bureau. Une rue peut reprendre la verticalité de Manhattan tout en faisant circuler des véhicules dans les airs.
Bird veut retrouver la mise en scène du cinéma classique, pas seulement son décor
La référence aux années 1940 ne s'arrête pas aux costumes ou aux accessoires.
Bird a expliqué s'être replongé dans la manière dont Michael Curtiz ou John Huston construisaient leurs plans, avec des caméras basses, des plafonds visibles, des personnages disposés dans la profondeur et des mouvements destinés à donner du poids à l'espace.
Il cite également David Lean, Orson Welles et Alfred Hitchcock parmi les cinéastes dont il a étudié certaines solutions visuelles.
Cela se voit déjà dans la bande-annonce : les personnages ne sont pas toujours cadrés comme les occupants centraux d'un film d'animation contemporain. Metropia les écrase régulièrement avec ses escaliers, ses halls, ses façades et ses hauteurs.
Le défi est aussi de rendre passionnante une conversation dans une voiture
Ray Gunn cherche apparemment à repousser une autre frontière plus discrète : ce que l'on considère spontanément comme une « scène d'animation ».
Bird prend précisément l'exemple de deux personnages assis dans une voiture en train de parler.
Pas de dragon, pas d'explosion, pas de gag physique obligatoire. Le réalisateur veut que l'animation puisse soutenir une scène par le jeu, les silences, les regards et le cadrage exactement comme un film en prises de vues réelles.
C'est aussi ce qui donne de l'importance au casting vocal. Pour les animateurs, quelques secondes d'interprétation enregistrée deviennent parfois plusieurs semaines de travail destinées à reproduire un rythme, une hésitation ou une intention.
Le casting s'est largement agrandi
Sam Rockwell, Scarlett Johansson et Tom Waits ne sont plus les seuls noms annoncés.
Netflix a également confirmé Alan Tudyk, Matt Berry, Bobby Cannavale, Michael Chernus, Kether Donohue, Michelle Rodriguez, Aasif Mandvi, Matt Jones, Kathryn Hunter, John Ratzenberger, Justin Peck et Patton Oswalt.
Tous leurs personnages n'ont pas encore été détaillés officiellement.
Le scénario est signé Brad Bird et Matthew Robbins à partir d'une histoire originale de Bird, tandis que Michael Giacchino compose la musique.
Un projet qui précède même The Iron Giant
Le plus étrange avec Ray Gunn est peut-être qu'il ressemble à un nouveau terrain de jeu pour Bird alors que le cinéaste le porte depuis le début de sa carrière.
L'idée existait avant The Iron Giant, sorti en 1999. Elle a traversé plusieurs décennies, différents états de développement et des changements considérables dans l'industrie de l'animation avant d'être finalement produite par Skydance Animation.
Bird assure que le principe fondamental n'a jamais réellement changé : fusionner le polar classique et la science-fiction.
Ce qui a changé, ce sont les outils disponibles pour donner à Metropia l'échelle qu'il imaginait.
Pourquoi du 70 mm pour un film d'animation ?
La sortie limitée en 70 mm est probablement le détail le plus curieux de l'annonce.
Bird dit vouloir que le public découvre le film sur le plus grand écran possible, avec suffisamment de définition pour percevoir les détails de la ville et un système sonore capable de restituer le mixage Dolby Atmos.
Il explique également avoir travaillé avec une logique d'objectifs sphériques larges afin d'obtenir l'ampleur d'une grande image sans rechercher les distorsions typiques de certaines optiques anamorphiques.
Évidemment, la majorité du public verra ensuite Ray Gunn sur Netflix. Mais cette courte exploitation en salles agit presque comme une déclaration d'intention : ce polar animé n'a pas été conçu comme un simple programme attendant tranquillement sa vignette sur une page d'accueil.
Un film plus mûr, sans devenir pour autant une animation interdite aux familles
Netflix et Bird insistent sur une tonalité plus adulte que celle que le public associe spontanément aux grandes productions animées.
Le récit parle de meurtre, de corruption, de célébrité et d'un détective qui fréquente les zones les moins propres d'une métropole futuriste.
Cela ne transforme cependant pas Ray Gunn en animation réservée aux adultes. L'objectif revendiqué est plutôt d'élargir la gamme de récits qu'un grand film animé peut prendre au sérieux.
Bird revient régulièrement à la même idée : l'animation est un médium, pas un genre.
Avec Ray Gunn, il a choisi de le démontrer de la manière la plus compliquée possible : construire un film noir de 1939 dans un futur qui n'a jamais existé, le peupler d'aliens, puis l'imprimer en 70 mm.