Borderlands 4 ressemble par moments à une série qui aurait relu tous les commentaires écrits sur Borderlands 3 et décidé de faire l'inverse.
Moins de méchants qui interrompent constamment l'action. Moins de blagues cherchant désespérément à devenir des memes. Moins de personnages qui commentent chaque seconde de silence.
Cette décision améliore nettement l'expérience globale. Elle crée aussi le principal débat critique autour du jeu.
Kairos donne enfin à Borderlands un monde qui ressemble à un lieu
La planète-prison de Kairos est gouvernée par le Timekeeper, tyran obsédé par l'ordre et utilisant des implants pour surveiller et contrôler sa population.
Les quatre grandes régions possèdent chacune une géographie, une faction locale et un contexte politique relativement lisibles.
Le passage à un monde davantage connecté aide énormément. Les anciens Borderlands avaient souvent l'allure d'une succession de décors spectaculaires reliés par des écrans de chargement. Kairos possède davantage de continuité.
The Guardian a particulièrement apprécié cette maturité nouvelle et la manière dont la narration finit par devenir plus étrange et plus intéressante après un démarrage assez classique.
Le Timekeeper est plus calme que les Calypso Twins, parfois trop
Gearbox s'éloigne volontairement de la provocation permanente de Borderlands 3.
Le Timekeeper parle avec retenue et son autorité repose davantage sur le contrôle que sur la recherche constante de punchlines. Sur le principe, c'est exactement la bonne réaction.
Le résultat n'est pourtant pas unanimement convaincant.
GameSpot voit dans cette retenue une surcorrection : les personnages deviennent suffisamment inoffensifs pour qu'il soit difficile de les détester, mais aussi difficile de les aimer.
C'est probablement la faiblesse narrative la plus juste à retenir. Borderlands 4 est moins agaçant que son prédécesseur. Il n'est pas automatiquement plus mémorable.
La motivation du héros se dilue très vite dans la révolution
Le début pose une idée efficace : le Timekeeper implante au Chasseur de l'Arche un dispositif permettant de le suivre et de le contrôler.
Cette menace pourrait fournir un enjeu extrêmement personnel.
Mais l'histoire neutralise rapidement une partie du danger grâce à ECHO-4, puis entraîne le protagoniste presque immédiatement dans la Crimson Resistance.
GameSpot souligne justement ce problème : l'objectif intime du personnage est abandonné avant d'avoir réellement créé de tension, au profit d'une cause collective à laquelle il adhère avec une facilité étonnante.
La critique est profondément divisée sur l'écriture
C'est l'élément le plus intéressant du corpus.
GameSpot juge les personnages ternes. TechRadar parle au contraire d'une écriture réellement réussie et d'un Claptrap enfin supportable. The Guardian considère que la série a grandi sans perdre complètement son charme.
Cette divergence indique moins un problème de qualité pure qu'un changement d'identité.
Les joueurs qui associaient Borderlands à une agressivité comique constante peuvent trouver le quatrième épisode trop sage. Ceux qui étaient épuisés par Borderlands 3 peuvent avoir l'impression que quelqu'un a enfin retiré le mégaphone de la salle d'écriture.
Les personnages historiques sont utilisés avec davantage de retenue
Moxxi, Zane, Amara et Claptrap reviennent, mais Kairos évite généralement de transformer leur présence en parade permanente de références.
Le choix permet aux nouvelles factions d'occuper un peu d'espace et évite que la planète entière existe uniquement pour rappeler les épisodes précédents.
Le revers est que beaucoup de nouveaux personnages n'atteignent pas immédiatement la force iconique des figures historiques de la saga.
L'humour fonctionne mieux lorsqu'il cesse de réclamer une réaction
Borderlands restera Borderlands. Des personnages absurdes, des noms idiots et des situations volontairement grotesques continuent d'occuper Kairos.
La différence vient du rythme.
Les plaisanteries ont davantage de place pour mourir seules lorsqu'elles ne fonctionnent pas, au lieu d'être suivies par trois autres personnages qui expliquent pourquoi il faut rire.
Cette respiration est probablement l'amélioration culturelle la plus importante de l'épisode.
Le monde ouvert aide aussi à raconter par le décor
Les différentes régions montrent directement les conséquences du régime : contrôle des ressources, communautés isolées, infrastructures militarisées et contrastes entre Dominion et les zones périphériques.
On reste très loin d'un RPG politique complexe. Borderlands préfère toujours exploser le problème avec un shotgun.
Mais la continuité de Kairos fait davantage pour construire une identité de lieu que plusieurs heures de dialogues ne l'auraient fait.
Une année de DLC prolonge les personnages plus qu'elle ne corrige l'histoire originale
Depuis septembre 2025, Gearbox a ajouté plusieurs Bounty Packs, des Story Packs et de nouveaux Chasseurs de l'Arche. En septembre 2026, l'arrivée de nouveaux contenus confirme que Kairos reste un univers activement développé.
Cela enrichit le jeu, mais une review du scénario de base ne doit pas transformer ces extensions en solution rétroactive.
La campagne originale reste celle d'un Borderlands plus posé, mieux respiré et plus cohérent, mais parfois étonnamment lisse.
Grandir ne signifie pas devenir inoubliable
Borderlands 4 mérite du crédit pour avoir compris que l'identité d'une série ne tient pas au nombre de blagues par minute.
Kairos possède davantage de présence que beaucoup de mondes antérieurs, et l'ensemble est beaucoup moins épuisant que Borderlands 3.
Mais Gearbox a parfois confondu retenue et absence de friction dramatique.
Borderlands 4 est une meilleure compagnie pendant trente heures. Il laisse moins souvent derrière lui le genre de personnage ou de scène que l'on cite encore dix ans après.