Teyvat a cessé d'être un simple décor de fantasy anime
Le Genshin de 2020 avait déjà une mythologie, mais six années de mises à jour ont transformé ses indices en véritable architecture.
Chaque nation possède désormais sa propre manière de parler du pouvoir, de la religion, de la mémoire et de la relation aux Archons. Les ruines ne servent plus uniquement à accueillir un coffre : elles entretiennent des couches d'histoire qui se répondent d'une région à l'autre.
C'est probablement la plus grande réussite culturelle de HoYoverse. Les joueurs peuvent ignorer une bonne partie des textes et suivre l'aventure principale, ou passer des heures à reconstruire des événements à partir de livres, descriptions et détails environnementaux.
Les régions finissent par fonctionner comme des saisons d'une même série
Mondstadt introduisait le monde avec une fantasy assez familière. Liyue, Inazuma, Sumeru, Fontaine, Natlan puis les régions plus récentes ont progressivement déplacé cette esthétique vers des identités beaucoup plus affirmées.
Le résultat ressemble moins à un seul continent homogène qu'à un feuilleton dont chaque saison change de décor, de conflits et de distribution secondaire tout en conservant le Voyageur et Paimon comme fil rouge.
Cette structure explique pourquoi une mise à jour régionale peut ressembler à un nouveau jeu alors que les systèmes fondamentaux bougent relativement peu.
Les personnages sont remarquablement efficaces à vendre une personnalité en quelques secondes
HoYoverse maîtrise parfaitement la silhouette, l'animation et le gimmick immédiatement lisible.
Un personnage doit pouvoir exister dans une cinématique, une illustration, une bande-annonce, une équipe de combat et, évidemment, une bannière.
Cette contrainte commerciale produit paradoxalement une galerie extrêmement mémorable. Même une unité secondaire obtient souvent suffisamment de détails visuels et musicaux pour donner l'impression d'appartenir à une sous-culture précise de Teyvat.
Le problème est que tout personnage important est aussi un produit
Cette double fonction finit parfois par être visible dans l'écriture.
Une nouvelle unité cinq étoiles doit être séduisante, compétente, fréquentable et suffisamment centrale pour justifier des semaines de communication. Les personnages réellement hostiles ou moralement irrécupérables disposent donc d'un chemin beaucoup plus difficile vers le statut jouable.
Certains arcs donnent ainsi l'impression d'arrondir volontairement des personnalités afin qu'elles restent compatibles avec leur rôle commercial.
Le Voyageur demeure le maillon faible
Le choix d'un protagoniste largement silencieux paraissait compréhensible au lancement. Six ans plus tard, il devient de plus en plus étrange.
Le Voyageur possède une identité, un passé, un objectif et des relations. Pourtant, Paimon reformule constamment ses réactions, explique à sa place et occupe la majorité des conversations.
Les options de dialogue proposées au joueur changent rarement la trajectoire. Elles donnent donc la responsabilité de cliquer sans réellement donner celle de jouer le personnage.
Et Paimon parle énormément
La mascotte possède de vraies qualités comiques et affectives. Le problème vient de sa fonction narrative.
Elle répète régulièrement l'information, verbalise ce que la mise en scène vient déjà de montrer et répond avant que le Voyageur ait le temps d'exister.
Sur une aventure de quelques dizaines d'heures, cette structure aurait été une particularité. Après des centaines d'heures de quêtes, elle devient l'une des frustrations les plus constantes relevées par les joueurs.
Les quêtes d'Archons prouvent pourtant que le jeu sait raconter
Lorsque Genshin accepte de raccourcir l'exposition et de laisser ses personnages agir, ses chapitres principaux peuvent devenir excellents.
HoYoverse sait construire un mystère sur plusieurs versions, révéler progressivement une civilisation ou utiliser un personnage apparemment secondaire comme pivot dramatique.
La mise en scène s'est également énormément améliorée depuis 2020, avec davantage d'animations spécifiques, de séquences pré-calculées et de véritables moments événementiels.
La musique fait parfois autant de worldbuilding que les dialogues
Chaque région dispose de signatures instrumentales suffisamment fortes pour transmettre une identité avant même qu'un personnage ne commence à expliquer son histoire.
C'est probablement l'un des domaines où Genshin réussit le mieux à faire exister ses inspirations culturelles sans avoir besoin de longues lignes de texte.
Explorer Teyvat sans sa musique retirerait une partie gigantesque de sa personnalité.
Le feuilleton est devenu fascinant malgré son bavardage
À l'approche de la version 7.1, Genshin n'a plus besoin de démontrer qu'il possède suffisamment de lore pour durer.
La question est plutôt de savoir si HoYoverse acceptera un jour de faire davantage confiance à ce qu'il a construit : laisser les images parler, laisser le Voyageur parler, et arrêter de faire répéter trois fois une révélation que le joueur avait comprise à la première phrase.
Teyvat mérite cette confiance. C'est déjà l'un des mondes les plus reconnaissables du jeu service contemporain.