Un remake de Pokémon Rubis avait un problème assez particulier en 2014. Il ne devait pas seulement refaire un jeu de Game Boy Advance. Il devait refaire le souvenir que toute une génération en avait gardé.

Game Freak répond dès les premières minutes en reproduisant l’introduction de 2003 à l’intérieur même de l’écran de la 3DS. L’image ancienne laisse ensuite place au Hoenn reconstruit en trois dimensions. Le procédé est évident, presque sentimental, mais il définit bien le projet : rappeler d’abord, modifier ensuite.

Hoenn change sans devenir méconnaissable

Les grandes étapes sont toujours là. Bourg-en-Vol, Clémenti-Ville, Mérouville, le Mont Chimnée, Atalanopolis. Le trajet général reste si proche de l’original qu’un joueur de 2003 peut encore anticiper une bonne partie de l’aventure.

Certains endroits refusent pourtant cette fidélité. Lavandia est devenue une immense structure couverte, méconnaissable par rapport au petit carrefour du jeu Game Boy Advance. Nintendo Life relevait ce contraste : Game Freak conserve parfois jusqu’à l’agencement ancien des villes, puis décide ailleurs de reconstruire complètement.

Cette irrégularité donne au remake davantage de personnalité qu’une restauration parfaitement fidèle.

La Team Magma demeure absurde, mais elle sait désormais occuper l’écran

Rubis Oméga attribue le premier rôle antagoniste à la Team Magma. Max veut augmenter la surface des terres en réveillant Groudon, projet dont la logique écologique supporte assez mal plus de quelques secondes d’interrogatoire.

Le remake ne résout pas vraiment cette absurdité. Il la met mieux en scène.

Les membres de l’organisation ont été redessinés, les personnages s’expriment davantage et Primo-Groudon transforme le réveil du légendaire en catastrophe visuelle plus convaincante. Nintendo Life soulignait déjà combien les nouveaux modèles donnaient davantage de personnalité à une histoire auparavant portée par des sprites très limités.

Le jeu reste léger dans son écriture. Pierre Rochard, Timmy ou Flora apparaissent surtout lorsqu’ils doivent remplir une fonction dans le parcours du Dresseur. Timmy bénéficie néanmoins d’un arc simple mais efficace : le garçon fragile que l’on aide à capturer son premier Pokémon finit par arriver aux portes de la Ligue avec une équipe capable de se défendre.

Le meilleur souvenir de Hoenn reste peut-être sonore

Les trompettes de la troisième génération sont devenues une plaisanterie récurrente chez les fans, mais la bande-son de Rubis et Saphir possédait réellement une identité immédiatement reconnaissable.

Les arrangements 3DS les modernisent sans les rendre anonymes. Nintendo World Report considérait même la musique comme l’un des points forts du remake, avec des thèmes nostalgiques réorchestrés dans l’esthétique sonore de X/Y.

Le vol sur Latios profite particulièrement de ce travail. Le passage au-dessus de Hoenn pourrait n’être qu’une fonctionnalité de déplacement ; sa musique en fait aussi une petite célébration de la région.

L’Épisode Delta est la partie où Rubis Oméga cesse vraiment de regarder 2003

Après la Ligue, le remake raconte une nouvelle histoire autour d’un météore menaçant Hoenn, de Rayquaza et d’Amaryllis.

La séquence sert également à relier la troisième génération à la mythologie de la Méga-Évolution introduite dans X et Y. Destructoid saluait cette extension du scénario, tandis que plusieurs tests ont vu dans l’Épisode Delta une amélioration notable du contenu après la Ligue.

C’est une curieuse manière de refaire Pokémon Rubis. Pendant la majeure partie du jeu, Game Freak traite l’original comme un plan d’architecte. Puis, une fois la fin atteinte, il construit une nouvelle pièce.

La nostalgie a malgré tout ses angles morts

La fidélité sert parfois d’explication un peu trop pratique. X et Y permettaient de modifier l’apparence du Dresseur ; Rubis Oméga supprime cette possibilité et réinstalle Brendan ou Flora dans leurs rôles historiques.

Nintendo Life et GamesRadar+ ont tous deux considéré cette disparition comme un recul. Elle l’est d’autant plus que le remake modernise volontiers quantité d’autres systèmes lorsque cela lui convient.

La simplicité de l’histoire pose le même problème. En donnant davantage de présence aux personnages, la 3D rend parfois plus évidente la minceur de ce qu’ils ont réellement à raconter.

Mais Hoenn supporte bien cette amplification. Ses volcans, ses routes pluvieuses, ses villages arboricoles, ses océans presque excessifs et son opposition permanente entre terre et eau possédaient déjà une identité forte.

Rubis Oméga ne remplace pas ce souvenir. Il lui donne une nouvelle forme suffisamment convaincante pour que les deux versions puissent coexister.