Cliff Booth a changé de métier. Trent Reznor et Atticus Ross, eux, n'ont pas changé de réalisateur. La nouvelle affiche de The Further Mis-Adventures of Cliff Booth confirme que les deux musiciens de Nine Inch Nails ont signé la bande originale du prochain film de David Fincher. Après The Social Network, Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, Gone Girl, Mank et The Killer, leur association atteint six longs-métrages.
L'information figurait dans les crédits du visuel dévoilé par Netflix le 2 novembre, à l'occasion de l'ouverture de la billetterie IMAX. Elle a ensuite été confirmée par plusieurs médias musicaux et cinématographiques, dont Variety et Pitchfork. Une annonce presque discrète pour un tandem dont les compositions sont devenues indissociables du cinéma de Fincher.
Le détail compte d'autant plus que The Further Mis-Adventures of Cliff Booth n'est pas un projet ordinaire. Quentin Tarantino en a écrit le scénario, David Fincher le réalise, et Brad Pitt reprend le personnage qui lui avait valu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Once Upon a Time... in Hollywood. Cette fois, le récit avance jusqu'en 1977.
Depuis The Social Network, une signature musicale difficile à séparer de Fincher
La collaboration entre Trent Reznor, Atticus Ross et David Fincher a commencé en 2010 avec The Social Network. Ce qui aurait pu rester une rencontre ponctuelle entre un cinéaste et deux musiciens venus du rock industriel est devenu une relation créative particulièrement durable.
La musique de The Social Network donnait à l'histoire de Mark Zuckerberg une tension presque souterraine. Les pulsations électroniques, les nappes inquiétantes et les motifs répétitifs accompagnaient autant les confrontations entre personnages que les espaces impersonnels des campus et des bureaux. Le résultat a remporté l'Oscar de la meilleure musique originale en 2011.
Pour Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, sorti en 2011, le duo a développé une matière sonore plus abrasive, parfois glaciale. Gone Girl, trois ans plus tard, jouait davantage sur le contraste entre une apparente douceur musicale et la violence psychologique de son intrigue. Les compositeurs ont ensuite accompagné le noir et blanc de Mank, puis le thriller méthodique The Killer.
Leur apport ne se réduit pas à un style immédiatement identifiable. Fincher utilise souvent la musique pour installer une sensation que le dialogue ou l'image ne formulent pas directement. Reznor et Ross savent travailler dans cet espace, quitte à laisser une scène s'installer sur quelques sons, presque sans mélodie.
C'est là que la rencontre avec Cliff Booth devient intéressante. Tarantino affectionne les chansons préexistantes, les radios, les morceaux populaires et leur capacité à faire surgir immédiatement une époque. Fincher, lui, travaille depuis longtemps avec deux compositeurs capables de construire une atmosphère originale autour de l'image. Le film réunira ces deux sensibilités créatives, sans que la place exacte des chansons d'époque et de la partition originale ait encore été détaillée.
Hollywood, 1977 : Cliff Booth n'est plus seulement une doublure
Huit années ont passé depuis les événements de Once Upon a Time... in Hollywood. Dans le film de Tarantino, Cliff Booth était principalement connu comme la doublure, le chauffeur et l'ami de Rick Dalton. Son calme presque insolent contrastait avec l'agitation d'un Hollywood en pleine mutation, celui de 1969.
Le nouveau long-métrage reprend le personnage en 1977. Cliff exerce désormais plusieurs activités : il travaille comme barman ou projectionniste, mais gagne aussi sa vie en réglant discrètement les problèmes de personnalités de l'industrie cinématographique. Un homme de confiance capable d'utiliser des méthodes qui ne passent pas toujours par les voies légales.
Netflix présente une intrigue mêlant meurtre, chantage, vol et extorsion. Cliff reçoit notamment un appel de Karen Crosby, agente artistique interprétée par Elizabeth Debicki. Celle-ci intervient pour Charlie Peters, une vedette de télévision jouée par Scott Caan, connue pour réaliser ses propres cascades.
La distribution comprend également Carla Gugino dans le rôle de Toni, l'épouse de Charlie, et Yahya Abdul-Mateen II en Roderick Harrison, ancienne star du football américain devenue acteur. Peter Weller, Matt Groove, JB Tadena, Corey Fogelmanis et Karren Karagulian figurent aussi au générique.
Ce passage de 1969 à 1977 n'est pas simplement décoratif. Le premier film observait les dernières heures d'un certain Hollywood, à travers un comédien dont la carrière déclinait et une doublure qui semblait appartenir à une époque déjà révolue. Le second installe Cliff dans une industrie plus cynique, où les stars de télévision, les agents et les intermédiaires constituent un nouveau terrain de jeu.
Fincher derrière la caméra, Tarantino toujours à l'écriture
L'idée de voir un personnage de Quentin Tarantino dirigé par David Fincher a quelque chose d'assez improbable. Les deux cinéastes partagent un goût pour les dialogues précis, la violence et les personnages moralement difficiles à cerner, mais ils ne construisent pas leurs films de la même façon.
Tarantino affectionne les digressions, les longues conversations et les ruptures de tonalité. Fincher recherche souvent une forme de contrôle visuel presque clinique. Son découpage et son montage organisent l'information avec une précision qui peut rendre une scène inquiétante avant même qu'un événement violent survienne.
Le scénario de The Further Mis-Adventures of Cliff Booth a été écrit par Tarantino, qui n'en assure pas la réalisation. Fincher a d'ailleurs expliqué à Netflix avoir pensé au film Shampoo, sorti en 1975, pendant le tournage. Cette référence renseigne davantage sur son approche du Los Angeles de l'époque que n'importe quelle promesse de retrouver simplement l'ambiance du premier film.
Il s'intéresse aux professionnels dont la place dans l'industrie est devenue incertaine : anciennes doublures, agents contrariés, acteurs de télévision persuadés de conserver un pouvoir qu'ils sont en train de perdre. Cliff traverse ce milieu sans réellement en appartenir au centre.
L'équipe technique prolonge plusieurs collaborations habituelles de Fincher. Erik Messerschmidt assure la photographie, Kirk Baxter le montage, Donald Graham Burt les décors et Ren Klyce la conception sonore. Dans cet environnement de travail déjà familier, le retour de Reznor et Ross paraît presque naturel.
La sixième collaboration pourrait surprendre musicalement
Ce serait pourtant une erreur de considérer que la musique de Cliff Booth ressemblera nécessairement à celle de The Killer ou de Gone Girl. Reznor et Ross ont montré leur capacité à adapter leurs compositions à des univers très éloignés les uns des autres.
Ils ont notamment travaillé sur Soul, le film d'animation Pixar dont la musique leur a valu un second Oscar, partagé avec Jon Batiste. Leur partition pour Challengers, de Luca Guadagnino, repose sur une énergie électronique beaucoup plus physique, presque pensée pour accompagner les échanges sportifs du film.
Le Hollywood de 1977 leur offre un autre terrain. Une musique électronique pourrait introduire une distance avec les sonorités de l'époque, ou au contraire accompagner l'ambiance criminelle du récit avec une matière plus organique. Ce sont des possibilités, pas des caractéristiques annoncées de la bande originale.
Netflix n'a pas encore détaillé les thèmes musicaux, la liste des morceaux ou la sortie éventuelle d'un album consacré à la partition. La confirmation concerne les compositeurs et leur participation au film.
Un rendez-vous IMAX avant Netflix
The Further Mis-Adventures of Cliff Booth bénéficie d'une stratégie de sortie inhabituelle pour un long-métrage Netflix. Le film sera proposé dans les salles IMAX participantes à partir du 25 novembre 2026, dans le cadre d'une exclusivité annoncée de deux semaines. Il rejoindra ensuite la plateforme le 23 décembre.
L'ouverture de la billetterie s'accompagne d'une nouvelle affiche officielle et d'un court contenu promotionnel. Le visuel rétro met en avant Brad Pitt et l'univers hollywoodien du film, tout en révélant le crédit musical de Trent Reznor et Atticus Ross.
Ce choix de lancer le film sur grand écran donne aussi une place particulière au travail sonore. Les compositions du duo reposent souvent sur une combinaison de fréquences graves, de pulsations discrètes et de textures dont l'effet dépend beaucoup de l'environnement d'écoute. L'IMAX leur offrira un cadre de diffusion ambitieux, même s'il est encore impossible de juger la partition elle-même.
Le film associe ainsi trois signatures créatives majeures : les personnages et l'écriture de Quentin Tarantino, la mise en scène de David Fincher et la musique de Reznor et Ross. Brad Pitt en est le point de rencontre, retrouvant un personnage dont la carrière à Hollywood a changé aussi radicalement que l'époque qui l'entoure.
Première échéance annoncée : le 25 novembre 2026 en IMAX. La diffusion sur Netflix suivra le 23 décembre.