Hope devait déjà être un événement avant même que quiconque commence à parler de franchise. Na Hong-jin revenait au long-métrage dix ans après The Wailing avec une production approchant les 100 milliards de wons, soit environ 74 millions de dollars selon plusieurs estimations récentes. À l'échelle sud-coréenne, c'est colossal.
Le réalisateur avait pourtant prévu plus loin. Dès Cannes en mai, il confirmait avoir écrit une histoire poursuivant celle de Hope. Screen International rapportait alors ses mots sans beaucoup d'ambiguïté : il existe bien une histoire et un scénario. Cela ne signifie pas qu'une suite soit financée, datée ou officiellement lancée.
Cette nuance devient beaucoup plus intéressante maintenant que le premier film est réellement face au public international.
Fassbender et Vikander n'étaient pas là uniquement pour le premier film
Na Hong-jin a également expliqué que Michael Fassbender et Alicia Vikander avaient été choisis avec cette extension de l'univers en tête. Dans Hope, les deux acteurs interprètent des créatures extraterrestres via performance capture, avec Taylor Russell et Cameron Britton.
Leurs personnages restent volontairement liés à une partie de la mythologie que le premier film ne développe pas complètement. Na a indiqué qu'une éventuelle suite se concentrerait davantage sur eux. Autrement dit, certaines zones laissées ouvertes dans Hope ne relèvent pas nécessairement d'un simple goût du mystère : une partie du récit a été conservée pour la suite potentielle.
C'est là que le pari commence à devenir dangereux.
Un film de 160 minutes qui refuse de tout expliquer
Hope démarre dans une petite communauté proche de la zone démilitarisée coréenne. Une supposée apparition de tigre entraîne Bum-seok, le policier joué par Hwang Jung-min, Sung-ae, incarnée par Hoyeon, et plusieurs habitants vers quelque chose de nettement moins terrestre.
Na Hong-jin transforme ensuite l'affaire en énorme collision entre film de monstres, science-fiction, action, horreur et humour noir. Le Festival de Cannes indique une durée de 160 minutes. L'ampleur est volontaire.
La réception, elle, est beaucoup moins uniforme. Screen International décrivait à Cannes un spectacle furieux et extrêmement divertissant. Associated Press vient encore de saluer l'ambition, les acteurs, la photographie de Hong Kyung-pyo et certaines séquences d'action tout en relevant une durée excessive et des effets numériques moins convaincants.
À l'autre bout, plusieurs critiques américaines sorties autour du lancement du 9 septembre reprochent précisément au film de consacrer une part importante de sa deuxième moitié à préparer un univers plus vaste au lieu de résoudre pleinement celui qu'il vient de présenter. The Atlantic en fait même le cœur de sa critique : vouloir lancer la franchise avant d'avoir totalement gagné le premier match.
Le box-office coréen lui a quand même donné un départ impressionnant
Commercialement, Hope n'est pas arrivé en salles dans l'indifférence. Plus M Entertainment avait vendu le film dans plus de 200 territoires avant même son exploitation complète. Selon Screen International, ces préventes avaient déjà permis de récupérer près de la moitié du budget.
En Corée du Sud, le lancement a été massif. Le 15 juillet, le film a enregistré 333 915 entrées lors de sa première journée et environ 2,5 millions de dollars de recettes, soit le meilleur démarrage quotidien de l'année dans le pays à ce moment-là. Les réservations avaient auparavant dépassé les 550 000 billets.
Le premier obstacle d'une franchise potentielle n'était donc pas de faire connaître Hope. Il fallait plutôt convaincre qu'un monde aussi coûteux méritait plusieurs films.
Une suite écrite n'est toujours pas une suite commandée
C'est la distinction la plus importante dans toute cette histoire. Na Hong-jin possède son scénario et parle ouvertement de la direction qu'il souhaite prendre. Aucun studio n'a encore annoncé que Hope 2 entrait en production.
Le réalisateur lui-même a toujours formulé cette suite au conditionnel. À Cannes, il expliquait vouloir la tourner si l'occasion se présentait. Même les déclarations sur Fassbender et Vikander décrivent une intention créative, pas un feu vert industriel.
Et un deuxième Hope ne serait pas un petit risque. Le premier a nécessité des années de fabrication, une lourde composante d'effets visuels et une distribution internationale inhabituelle pour une production coréenne de cette taille.
La Corée tente ici quelque chose de beaucoup plus proche d'Avatar que de The Wailing
C'est peut-être le changement le plus spectaculaire dans la trajectoire de Na Hong-jin. The Chaser, The Yellow Sea et The Wailing avaient construit sa réputation sur des films de genre singuliers, violents et difficiles à enfermer dans une formule commerciale confortable.
Hope conserve cette bizarrerie, mais lui ajoute désormais la logique économique d'un blockbuster international. Casting coréen majeur, stars occidentales, créatures numériques, exploitation dans les formats premium, plus de 200 territoires vendus et récit conçu pour pouvoir continuer.
Le cinéma coréen a déjà prouvé qu'il pouvait exporter ses films, ses réalisateurs et ses stars. Fabriquer une véritable franchise de science-fiction mondiale à ce niveau de budget est une autre affaire.
Na Hong-jin possède déjà le scénario du prochain chapitre. Il lui reste la partie nettement moins romantique : donner aux investisseurs une raison de le financer.