Le doublé est d'autant plus remarquable que le film marque les débuts de Harada comme réalisatrice. Elle en signe également le scénario en adaptant « Muyou no hito », une de ses propres nouvelles publiée dans le recueil Anata wa, Dareka no Taisetsu na Hito en 2014.

Le palmarès officiel du 74e Festival de Saint-Sébastien confirme les deux récompenses. Le prix FIPRESCI est attribué par un jury de critiques internationaux parmi les films de la compétition. L'Ateneo Guipuzcoano, institution culturelle historique de Saint-Sébastien, lui a également remis son prix. Le distributeur japonais Bitters End souligne qu'il faut remonter à 2010 et Genpin de Naomi Kawase pour retrouver un film japonais lauréat du FIPRESCI du festival.

Une clé pour entrer dans la vie d'un père

Muyou no hito dure 109 minutes et avance à partir d'un objet minuscule. Satomi travaille comme surveillante dans un musée d'art lorsqu'elle reçoit une clé laissée par son père, mort seul un mois auparavant. Elle découvre alors une pièce dont elle ignorait l'existence et commence à reconstituer les dernières années de cet homme dont elle s'était éloignée.

Le synopsis présenté à Saint-Sébastien insiste moins sur un secret spectaculaire que sur ce que Satomi trouve derrière cette porte : un père qui semblait avoir été laissé à l'écart de la société, mais qui avait construit son quotidien autour des mots, de la cérémonie du thé et d'une attention obstinée aux petites formes de beauté.

Yu Aoi joue Satomi. Issey Ogata incarne son père, Tadashi, tandis qu'Eita Nagayama et Eri Watanabe figurent parmi les autres rôles principaux. Kami Hiraiwa, Motoki Nakazawa et Arisa Nakano complètent la distribution annoncée pour la sortie japonaise.

Un premier film qui ne cache pas son rapport à l'art

Harada n'arrive pas au cinéma sans bagage visuel. Avant sa carrière littéraire, elle a travaillé dans le monde des musées et plusieurs de ses romans ont placé peinture, artistes et institutions culturelles au cœur de leurs intrigues. Ici, le musée où travaille Satomi, les objets laissés par son père et le rituel du thé ne servent pas seulement à meubler le cadre.

Cette dimension apparaît jusque dans l'équipe technique. Yoshio Kitagawa signe la photographie, Azusa Yamazaki le montage et Mamiko Hirai la musique. Les premiers visuels du film s'attardent sur les matières, la lumière des intérieurs, les objets et les gestes davantage que sur une iconographie spectaculaire.

C'est précisément ce registre que le communiqué japonais consacré au prix FIPRESCI met en avant : le jury a distingué le rapport du film à l'art et son travail visuel. Il s'agit du motif communiqué pour le prix, pas d'un jugement indépendant sur un film qui n'est pas encore sorti commercialement.

Yu Aoi au centre d'une enquête intime

Le récit ne repose pas uniquement sur la découverte posthume du père. Satomi traverse elle-même une période d'incertitude : son musée lui annonce la fin de son contrat et la pousse vers un changement professionnel. Chercher qui était vraiment son père intervient donc au moment où sa propre place devient instable.

Le choix de Yu Aoi place cette progression sur une interprète à qui le cinéma japonais a souvent confié des personnages dont les transformations passent davantage par l'observation que par la démonstration. Le teaser déjà diffusé reste dans cette économie : Satomi regarde, prépare du thé, manipule les traces laissées par son père et suit son parcours.

L'histoire du film et celle de sa fabrication finissent ainsi par se rejoindre assez naturellement. Harada adapte elle-même un texte qu'elle avait écrit plus d'une décennie auparavant, tandis que son personnage principal tente de relire une vie qu'elle croyait connaître.

Après l'Espagne, le film poursuit son voyage

La première mondiale avait eu lieu à Saint-Sébastien le 21 septembre dans la compétition officielle. Le festival programme le film sous son titre japonais Muyou no hito et son titre international In My Father's Room.

Son parcours ne s'arrête pas au doublé espagnol. Le film est annoncé au Festival international du film de Busan en octobre, et sa distribution a déjà été acquise dans plusieurs territoires asiatiques ainsi qu'en France. Les modalités et la date d'une sortie française n'ont toutefois pas encore été annoncées publiquement.

Au Japon, le calendrier est beaucoup plus précis : Bitters End sortira Muyou no hito le 29 janvier 2027. Les deux prix de Saint-Sébastien lui donnent donc plusieurs mois pour arriver devant son public national avec une particularité devenue difficile à ignorer : Maha Harada n'a pas attendu son deuxième film pour être traitée comme une cinéaste.