Amazon a lancé le 9 septembre une nouvelle version doublée en anglais des deux premières saisons de Maxton Hall. La particularité n’est pas dans les voix : elles restent enregistrées par des comédiens. Le changement se produit sur le visage des acteurs originaux.
Prime Video utilise une combinaison d’intelligence artificielle et d’effets visuels pour synchroniser leurs mouvements de bouche avec les dialogues du doublage anglais.
Autrement dit, l’image s’adapte désormais à la traduction.
Le doublage humain reste au centre
Amazon prend soin de préciser ce point. Son système n’a pas pour fonction de générer les performances vocales ni de remplacer les acteurs chargés du doublage.
Il intervient après l’enregistrement afin de réduire l’un des signes les plus visibles d’une version doublée : une bouche qui continue de bouger alors que la phrase est terminée, ou des formes de lèvres qui ne correspondent pas du tout aux sons entendus.
C’est une différence importante dans un secteur où le terme IA recouvre désormais des usages très différents, du clonage de voix à la traduction automatique en passant par la modification d’image.
Maxton Hall sert de vitrine mondiale
Le choix de la série n’est pas anodin. Amazon présente Maxton Hall comme son Original international scénarisé le plus regardé. La première saison avait atteint la première place de Prime Video dans plus de 120 pays et territoires après son lancement en 2024.
Les saisons 1 et 2 disposent à partir de maintenant de ce nouveau doublage labial anglais à l’échelle mondiale.
La saison 3 l’intégrera également dès son lancement le 9 décembre. Elle sera la dernière saison de la série et comptera six épisodes, avec Harriet Herbig-Matten et Damian Hardung de retour dans les rôles de Ruby et James.
Prime Video indique déjà vouloir étendre la technologie à d’autres titres.
La localisation devient aussi un travail sur l’image
Jusqu’ici, l’internationalisation d’une série touchait principalement ses pistes audio et ses sous-titres. Cette frontière devient moins nette.
Pour un service mondial, le bénéfice potentiel est évident. Une série allemande peut être distribuée dans plus de 240 pays et territoires, puis présentée à un public anglophone avec moins de signes visuels rappelant qu’il regarde une œuvre tournée dans une autre langue.
Cette fluidité peut aider des productions locales à voyager davantage. Elle signifie aussi que deux spectateurs ne regardent potentiellement plus exactement les mêmes images selon la langue choisie.
Amazon promet une supervision créative
Raf Soltanovich, vice-président de la technologie chez Prime Video et Amazon MGM Studios, présente le système comme un moyen de faciliter la circulation internationale des œuvres tout en conservant une supervision créative.
Amazon affirme que les créateurs restent aux commandes et que la technologie est appliquée sous contrôle humain afin de préserver l’intégrité artistique.
La formulation répond à une question qui dépasse largement Maxton Hall. Modifier une bouche n’est pas comparable à ajuster un sous-titre : l’intervention touche directement la performance photographiée d’un acteur.
La qualité technique ne sera donc pas le seul critère auquel ce procédé sera confronté. Il faudra également déterminer jusqu’où une plateforme peut adapter une interprétation pour un marché local sans transformer la version originale en simple matière première.
Le succès dépendra peut-être de son invisibilité
Une mauvaise synchronisation attirera immédiatement l’attention. Une bonne, au contraire, est précisément conçue pour ne pas être remarquée.
C’est le paradoxe de ce type d’effet : Amazon présente une technologie dont la meilleure démonstration est probablement que le spectateur oublie qu’elle existe.
Avec Maxton Hall, Prime Video dispose maintenant d’un test grandeur nature sur deux saisons complètes et, à partir du 9 décembre, sur une saison produite en sachant que le système sera utilisé.
Le doublage ne change plus seulement ce que l’on entend. Sur Prime Video, il commence aussi à changer ce que l’on voit.