La meilleure idée narrative de Marvel's Wolverine n’est pas sa conspiration, son grand danger ou ses révélations sur Team X. C’est le contraste entre un homme capable de réduire une pièce en charnier et les moments où le jeu lui demande simplement de parler à quelqu’un.

Plusieurs critiques qui divergent fortement sur la qualité globale se rejoignent pourtant sur ce point. Liam McIntyre donne à Logan une présence convaincante, les échanges avec Jean Grey et Mystique comptent parmi les séquences les mieux reçues et Insomniac comprend que Wolverine devient beaucoup plus intéressant lorsqu’il doit vivre avec sa violence plutôt que simplement l’exercer.

Un Wolverine qui ne ressemble pas à une imitation de Hugh Jackman

L’un des risques était évident. Après deux décennies pendant lesquelles Hugh Jackman a pratiquement fusionné avec le personnage dans l’imaginaire populaire, une nouvelle interprétation pouvait facilement donner l’impression d’une copie.

Le corpus critique attribue au contraire une bonne partie de la réussite du jeu à McIntyre. Sa performance sait être sèche et brutale sans faire de Logan une caricature permanente. Push Square souligne notamment sa capacité à passer des cris et grognements aux scènes plus personnelles, tandis que Shacknews retient l’humanité qu’il apporte à un personnage souvent résumé à sa colère.

Cette réussite permet à Insomniac de faire exister son propre Logan avant même de résoudre tous les problèmes du scénario.

L’univers mutant fonctionne mieux à petite échelle

Wolverine n’est pas présenté comme un jeu X-Men, mais l’ombre des X-Men couvre pratiquement toute son histoire. Les mutants sont traqués, Trask et ses forces organisent leur persécution, et Logan croise plusieurs personnages capables de transformer l’aventure personnelle en premier chapitre d’un univers plus large.

Shacknews apprécie particulièrement le contraste entre Wolverine et des mutants plus jeunes qui n’ont pas encore accumulé ses traumatismes. Game Informer remarque de son côté que l’absence de Xavier et Magneto donne à Insomniac davantage de liberté pour recomposer les rapports de force habituels.

C’est lorsque le jeu reste à hauteur de personnage qu’il paraît le plus sûr de lui.

Le grand récit retombe dans des mécanismes beaucoup plus ordinaires

La faiblesse la plus régulièrement citée concerne justement la structure globale.

Shacknews reproche à l’intrigue de dépendre trop fortement d’un objet ou d’une menace qu’il faut empêcher de tomber entre de mauvaises mains. Push Square juge que le récit manque d’impact malgré ses bons set-pieces. Game Informer estime que la deuxième moitié devient confuse et semble parfois davantage préparer la prochaine histoire que conclure proprement celle-ci.

C’est un problème particulier pour une adaptation de Wolverine. Le personnage dispose de décennies de mémoire, de culpabilité, de guerres et de relations brisées. Certaines critiques remarquent même que les fragments de passé relégués dans les activités Nightmare paraissent parfois plus intrigants que l’arc principal.

La violence n’est pas gratuite lorsqu’elle raconte le personnage

Le classement Mature et les démembrements ont évidemment attiré l’attention, mais le jeu fonctionne mieux lorsqu’ils ne constituent pas simplement un argument marketing.

La brutalité de Logan sert de ligne de séparation entre lui et les personnages qui l’entourent. Il peut sauver des mutants tout en étant lui-même profondément abîmé par ce qu’on a fait de lui et par ce qu’il accepte encore de faire.

Cette contradiction donne du relief aux meilleures scènes et explique pourquoi les performances secondaires sont souvent citées parmi les qualités du jeu, même par des critiques déçues par l’intrigue.

Un blockbuster qui regarde déjà vers sa suite

Le jeu voyage entre le Canada, Tokyo et Madripoor, multiplie les visages connus et laisse plusieurs portes ouvertes sur l’avenir de l’univers Marvel d’Insomniac.

Cette générosité peut être grisante pour les fans. Elle devient plus gênante lorsque les promesses futures prennent le pas sur la résolution présente.

Game Informer formule précisément ce malaise en estimant que certaines séquences de la seconde moitié semblent plus intéressées par la suite que par la fermeture des arcs relationnels en cours.

Marvel's Wolverine ressemble alors beaucoup à un premier film d’une nouvelle franchise : parfaitement capable de vendre son héros, moins convaincant lorsqu’il doit faire croire que son intrigue existe pour elle-même.

Le personnage survit à un récit trop familier

C’est finalement Logan qui permet au jeu de garder son identité.

Les scènes de spectacle peuvent ressembler à un blockbuster Marvel, les mécanismes de conspiration peuvent sembler connus et quelques révélations peuvent manquer de clarté. Mais l’interprétation centrale, les relations avec Jean, Mystique et Sabretooth, et le contraste entre protection et destruction donnent à cette version de Wolverine suffisamment de personnalité pour ne pas être un simple produit dérivé.

Insomniac possède un excellent personnage principal.

La prochaine fois, il lui faudra surtout une histoire aussi singulière que lui.