Quentin Tarantino n'a jamais fait mystère de son envie de contrôler les films qu'il écrit. Ses scénarios possèdent des dialogues, des rythmes et des personnages si reconnaissables qu'il paraît difficile d'imaginer quelqu'un d'autre derrière la caméra. Pourtant, The Further Mis-Adventures of Cliff Booth est précisément construit autour de cette situation : un scénario de Tarantino, un personnage créé par Tarantino, mais un film réalisé par David Fincher.

Dans un entretien accordé au magazine Empire et relayé le 4 novembre 2026 par Variety, Entertainment Weekly et People, Tarantino revient sur les circonstances de cette décision. Le réalisateur explique avoir éprouvé des regrets, non parce qu'il pensait s'être trompé sur le plan artistique, mais parce que son choix risquait de décevoir Brad Pitt.

L'acteur tenait à reprendre Cliff Booth, le cascadeur de Once Upon a Time... in Hollywood qui lui avait valu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2020. Tarantino avait écrit un scénario pour prolonger son histoire. Mais il ne souhaitait finalement plus en assurer la mise en scène.

Cette hésitation personnelle aurait pu arrêter le projet. Elle a au contraire conduit à une proposition inattendue : confier le film à David Fincher, réalisateur de Seven, Fight Club et Gone Girl.

À quelques semaines de son arrivée au cinéma, cette histoire de transmission éclaire davantage la relation entre les trois artistes que les premières images du film elles-mêmes.

Tarantino pensait décevoir Brad Pitt

Dans l'entretien publié par Empire, Quentin Tarantino reconnaît que Brad Pitt était la personne à laquelle il pensait le plus lorsqu'il a décidé de ne pas réaliser le nouveau film.

Le réalisateur savait que l'acteur souhaitait retrouver Cliff Booth. Le personnage avait occupé une place centrale dans leur collaboration de 2019, et son succès avait ouvert la possibilité de nouvelles aventures.

Tarantino avait pourtant consacré du temps à écrire une suite. Il ne s'agissait pas d'une idée abandonnée au stade de quelques notes ou d'un scénario dont personne n'aurait voulu. Le projet possédait une histoire et un interprète principal enthousiaste.

Le problème venait de la position du cinéaste face à son propre travail.

Depuis plusieurs années, Tarantino répète vouloir s'arrêter après avoir réalisé dix longs-métrages. Once Upon a Time... in Hollywood occupe la neuvième place dans son décompte personnel. La question de ce qui deviendra son dixième film a donc pris une importance particulière.

Le prolongement de Cliff Booth lui offrait la possibilité de retrouver un univers qu'il connaissait intimement. Mais c'était précisément ce qui le retenait.

Dans de précédentes déclarations, Tarantino expliquait vouloir aborder son dernier film comme une expérience nouvelle, plutôt que de retourner dans un territoire déjà exploré.

La situation créait un conflit entre deux envies légitimes : offrir une nouvelle aventure à Brad Pitt et conserver pour lui-même la possibilité d'une dernière réalisation qui ne répéterait pas son travail précédent.

C'est cette dimension personnelle que l'entretien avec Empire vient préciser. Tarantino ne présente pas son retrait comme une décision dirigée contre Pitt ou contre la qualité du scénario. Il raconte plutôt son malaise à l'idée de ne pas accompagner l'acteur dans un projet auquel celui-ci tenait.

Quentin Tarantino et Brad Pitt lors d'un entretien photographique consacré à Once Upon a Time... in Hollywood en 2019

Brad Pitt propose un nom : David Fincher

Le passage de relais s'est organisé autour d'une initiative de Brad Pitt.

L'acteur a proposé à Tarantino de faire lire le scénario à David Fincher, avec lequel il avait déjà travaillé à trois reprises.

Le choix n'avait rien d'évident. Fincher possède une identité artistique très forte, associée à une mise en scène précise, à des personnages fréquemment confrontés à des systèmes de pouvoir et à une exploration minutieuse des comportements humains.

Il n'est pas le réalisateur auquel on penserait spontanément pour reproduire le cinéma de Tarantino. Mais cette différence semble avoir contribué à l'intérêt de l'idée.

Tarantino explique avoir été particulièrement surpris par la possibilité que Fincher accepte. Dans l'entretien, il décrit son enthousiasme et la prudence qu'il a éprouvée lors de leurs premiers échanges, par crainte de compromettre une collaboration qu'il considérait exceptionnelle.

Le scénariste avait l'habitude de défendre ses propres histoires devant ses collaborateurs. Cette fois, il devait accepter qu'un autre réalisateur puisse leur donner une forme définitive.

L'intérêt de Fincher constituait aussi une reconnaissance importante pour Tarantino en tant qu'auteur.

Il explique avoir parfois le sentiment d'être considéré avant tout comme un réalisateur qui écrit les films qu'il compte tourner. Voir un cinéaste aussi reconnu consacrer une longue période de travail à l'un de ses scénarios changeait cette perception.

Le résultat n'est donc pas seulement un changement de réalisateur. C'est la rencontre de deux signatures habituellement associées à un contrôle artistique très affirmé.

Trois collaborations avaient déjà uni Fincher et Pitt

David Fincher n'avait pas besoin de découvrir Brad Pitt. Leur première collaboration remontait à Seven, sorti en 1995.

Dans ce thriller criminel, Pitt incarnait le détective David Mills, confronté avec son partenaire à une série de crimes particulièrement violents.

Quatre ans plus tard, les deux hommes se retrouvaient sur Fight Club, adaptation du roman de Chuck Palahniuk. Pitt y interprétait Tyler Durden, personnage dont l'influence sur le protagoniste constituait l'un des moteurs du récit.

Leur troisième collaboration, L'Étrange Histoire de Benjamin Button, sorti en 2008, s'inscrivait dans un registre très différent. Fincher y racontait une existence bouleversée par un rapport inhabituel au vieillissement.

Ces trois films montrent une relation artistique capable de traverser plusieurs genres, du polar au drame fantastique.

The Further Mis-Adventures of Cliff Booth deviendra leur quatrième collaboration au cinéma.

L'expérience commune ne signifie pas que leur travail sera automatiquement plus simple. Mais elle offre aux deux hommes une connaissance approfondie de leurs méthodes respectives.

Fincher devra également composer avec un élément inhabituel : Pitt connaît déjà le personnage qu'il interprète, tandis que son nouveau réalisateur découvre cet univers à partir du scénario de Tarantino.

Un réalisateur qui découvre un personnage déjà habité par son acteur

Dans l'entretien avec Empire, David Fincher évoque cette situation de manière particulièrement intéressante.

Il explique qu'il est rare, pour lui, de travailler avec un acteur qui connaît un personnage aussi profondément avant même leur première collaboration sur le film.

Brad Pitt avait incarné Cliff Booth sous la direction de Tarantino. Il connaissait donc son passé, ses habitudes, son humour et sa manière de réagir aux événements.

Fincher apportait quant à lui une connaissance du nouveau scénario et la responsabilité de construire le film tel qu'il serait finalement montré au public.

Cette répartition obligeait les deux artistes à négocier certaines décisions.

Fincher raconte avoir parfois dû défendre ses propositions face à un interprète qui possédait déjà une conception très précise de son personnage.

Cela ne signifie pas qu'un conflit majeur aurait éclaté pendant le tournage. Les déclarations rapportées décrivent plutôt une collaboration où la familiarité de Pitt avec Cliff Booth servait de ressource, tout en exigeant du réalisateur qu'il affirme sa propre lecture.

Ce détail éclaire l'originalité du projet. Fincher ne reprend pas seulement une histoire écrite par un autre cinéaste : il dirige aussi un acteur qui a participé à la création de l'identité du protagoniste.

Cliff Booth n'est plus le cascadeur de 1969

Le nouveau film ne se déroule pas immédiatement après Once Upon a Time... in Hollywood.

L'histoire reprend en 1977, huit ans après les événements du long-métrage original.

Dans le film de 2019, Cliff Booth travaillait principalement comme cascadeur et compagnon de route de Rick Dalton, acteur incarné par Leonardo DiCaprio.

Leur relation constituait le cœur affectif d'un récit situé dans un Hollywood en mutation, à la fin des années 1960.

Huit ans plus tard, Cliff évolue dans un environnement différent.

Selon le synopsis officiel de Netflix, il travaille occasionnellement comme barman ou projectionniste, mais exerce surtout une activité plus confidentielle : régler les problèmes des personnalités hollywoodiennes.

Ce rôle d'homme de confiance, ou de fixer, correspond particulièrement bien à un personnage capable d'agir en marge des règles.

La communication du film évoque des affaires de meurtre, de chantage, de vol et d'extorsion.

Le changement d'époque est également important. L'Hollywood de 1977 n'est plus celui que Tarantino imaginait en 1969, lorsque les carrières des acteurs et des cascadeurs évoluaient dans un système professionnel déjà fragilisé.

Fincher décrit lui-même son approche comme une histoire de Los Angeles, où les personnages et les milieux sociaux de la ville comptent autant que les coulisses du cinéma.

Brad Pitt en Cliff Booth dans une image de la bande-annonce du film The Further Mis-Adventures of Cliff Booth

Elizabeth Debicki et Scott Caan au cœur de la nouvelle intrigue

Netflix a déjà révélé plusieurs personnages de The Further Mis-Adventures of Cliff Booth.

Elizabeth Debicki interprète Karen Crosby, une agente artistique qui contacte Cliff au nom de son client, Charlie Peters, joué par Scott Caan.

Charlie est une vedette de télévision connue pour réaliser elle-même ses cascades. Ce détail crée un lien direct avec le passé professionnel de Cliff.

Carla Gugino incarne Toni, l'épouse de Charlie, tandis que Yahya Abdul-Mateen II joue Roderick Hot Rod Harrison, ancien champion de football américain devenu acteur.

L'intrigue introduit également les frères Verdusco, Eddie et Fernando, interprétés par Matt Groove et JB Tadena. Netflix les présente comme des gangsters dont les activités perturbent la ville.

Peter Weller, Corey Fogelmanis et Karren Karagulian complètent la distribution annoncée.

Ces personnages donnent au récit une structure de polar hollywoodien, où les relations professionnelles servent de point d'entrée à des situations criminelles.

Le synopsis ne révèle toutefois pas la résolution des conflits, ni la manière dont ces différents personnages seront finalement liés les uns aux autres.

Le film reste donc une production à découvrir, même si sa campagne promotionnelle a déjà précisé davantage d'éléments narratifs qu'au moment de sa première annonce.

Deux signatures de cinéma, une seule mise en scène

La collaboration entre Tarantino et Fincher suscite naturellement des attentes sur le style du film.

Le premier est associé à des dialogues particulièrement construits, à une relation passionnée avec l'histoire du cinéma et à une violence qui peut basculer soudainement dans l'excès.

Le second a développé une approche souvent plus froide, fondée sur la précision du cadre, la maîtrise du rythme et l'observation minutieuse des personnages.

Cette opposition reste simplificatrice. Tarantino sait filmer l'attente et le silence, tandis que Fincher n'est pas étranger à l'humour noir ou aux ruptures de ton.

Il serait néanmoins incorrect de présenter The Further Mis-Adventures of Cliff Booth comme un film réalisé conjointement par les deux hommes.

Fincher en assure la mise en scène. Tarantino en a écrit le scénario et intervient également parmi les producteurs.

Le réalisateur travaille avec plusieurs collaborateurs habituels, notamment le directeur de la photographie Erik Messerschmidt, le chef décorateur Donald Graham Burt et le monteur Kirk Baxter.

La musique originale est composée par Trent Reznor et Atticus Ross, partenaires réguliers de Fincher.

L'intérêt du projet tient donc à la manière dont une écriture très reconnaissable sera interprétée par une équipe disposant de sa propre esthétique.

Ce mélange ne garantit pas un résultat inédit, mais il fournit une raison artistique de suivre le film au-delà de son casting.

Pourquoi Tarantino ne veut toujours pas compter ce film comme son dixième

L'abandon de la réalisation de Cliff Booth prend une importance particulière lorsqu'on le replace dans le projet de carrière de Tarantino.

Le réalisateur affirme depuis longtemps vouloir s'arrêter après dix films.

Cette décision personnelle repose notamment sur son désir de préserver une filmographie dont il juge chaque étape essentielle.

Once Upon a Time... in Hollywood constitue son neuvième long-métrage dans ce décompte.

Le scénario de Cliff Booth aurait donc pu devenir le film final de cette carrière annoncée.

Mais Tarantino a expliqué ne pas vouloir consacrer sa dernière réalisation à un retour dans un univers qu'il avait déjà exploré.

Le scénario continuait de l'intéresser. C'est la perspective de réaliser lui-même ce prolongement qui ne lui paraissait plus correspondre à ses ambitions.

En laissant Fincher prendre le relais, il conserve donc la possibilité de réaliser un autre dixième film.

Il ne faut pas pour autant en déduire qu'une date de tournage ou de sortie est fixée pour ce projet futur.

Les déclarations actuelles éclairent sa position artistique, mais ne constituent pas l'annonce d'un nouveau long-métrage déjà engagé.

Un lancement IMAX le 25 novembre, puis Netflix le 23 décembre

Le calendrier officiel de The Further Mis-Adventures of Cliff Booth est désormais établi.

Netflix annonce une exploitation exclusive en IMAX pendant deux semaines, à partir du 25 novembre 2026, dans les salles participantes.

Le film sera ensuite disponible sur Netflix à compter du 23 décembre 2026.

La sortie IMAX constitue une étape particulièrement visible pour un long-métrage produit dans le cadre de la stratégie cinématographique de Netflix.

Elle ne signifie cependant pas que tous les cinémas de chaque pays proposeront le film.

Le déploiement dépend des salles participantes et des territoires. Les spectateurs français ne doivent donc pas considérer l'annonce d'une exploitation internationale comme la confirmation automatique de séances près de chez eux.

Les billets ont commencé à être commercialisés dans plusieurs marchés au début du mois de novembre.

Au 5 novembre 2026, le film n'est encore sorti ni dans les salles IMAX concernées ni sur Netflix.

Le calendrier laisse néanmoins peu de temps avant que le public puisse juger la collaboration entre Tarantino et Fincher sur une œuvre complète.

Un passage de relais qui raconte autre chose qu'une rupture

Les nouvelles déclarations de Tarantino ne décrivent finalement pas un conflit entre trois personnalités hollywoodiennes.

Elles montrent plutôt comment un film peut changer de réalisateur sans perdre son interprète principal ni son scénario.

Tarantino avait écrit une histoire que Brad Pitt souhaitait jouer. Le cinéaste ne voulait plus la réaliser. Pitt a proposé David Fincher, qui s'est intéressé au personnage et au récit.

Le résultat est un projet dans lequel chacun conserve une responsabilité différente : Tarantino comme auteur, Fincher comme réalisateur et Pitt comme interprète d'un personnage qu'il connaît depuis plusieurs années.

Ce dispositif restera inhabituel tant les noms de ces deux cinéastes sont habituellement associés à une forte maîtrise de leurs films.

La question décisive n'est donc plus de savoir pourquoi Tarantino s'est retiré : il a expliqué son choix et son sentiment à l'égard de Pitt.

Elle consiste maintenant à découvrir comment Fincher aura transformé un scénario de Tarantino en un film qui porte sa propre signature.

La réponse arrivera à partir du 25 novembre dans les salles IMAX participantes, puis le 23 décembre sur Netflix.