L'exercice 2025-26 a été franchement mauvais
Ubisoft a terminé son exercice avec 1,525 milliard d'euros de net bookings, contre 1,846 milliard un an plus tôt. La baisse atteint 17,4 %. Le chiffre d'affaires IFRS 15 a reculé de 21,8 %, à 1,396 milliard d'euros.
Le chiffre le plus spectaculaire reste le résultat opérationnel IFRS : une perte de 1,322 milliard d'euros. En non-IFRS, Ubisoft affiche encore une perte opérationnelle de 1,045 milliard.
Une grande partie de l'écart vient du grand nettoyage de portefeuille. Les décisions de janvier ont entraîné environ 650 millions d'euros de dépréciations accélérées liées aux projets abandonnés, retardés et revus. Cela rend l'exercice exceptionnellement laid comptablement. Cela n'efface pas le fait que le cash-flow opérationnel non-IFRS est lui aussi devenu négatif.
La société a déjà supprimé l'équivalent d'un gros éditeur
À fin mars, Ubisoft comptait 16 590 salariés. C'est environ 1 200 personnes de moins qu'un an auparavant.
Les économies de coûts fixes atteignaient 118 millions d'euros sur l'exercice, portant la réduction cumulée depuis 2022-23 à environ 325 millions. L'objectif est désormais d'abaisser la base de coûts fixes à 1,25 milliard d'euros en rythme annualisé d'ici mars 2028, soit environ 500 millions de réduction cumulée depuis le début du programme.
Et le mouvement n'est pas terminé. Au premier trimestre suivant, Ubisoft a annoncé les fermetures de Winnipeg et Belgrade, la restructuration de Barcelone et des ajustements dans Global Publishing. L'effectif actuel après ces mesures n'a pas encore été publié dans les résultats trimestriels.
La différence majeure avec 2025 s'appelle Tencent
L'opération Vantage Studios a apporté 1,16 milliard d'euros de cash à Ubisoft. Tencent a investi dans cette nouvelle filiale regroupant Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six, donnant au groupe une ressource financière immédiatement utilisable pour se désendetter et financer sa transformation.
À fin mars 2026, la dette nette non-IFRS était tombée autour de 187 millions d'euros, contre 885 millions un an auparavant. La situation est donc nettement moins tendue qu'avant la finalisation de l'opération.
Cela ne signifie pas que la question de la dette a disparu. En juillet, Ubisoft indiquait encore examiner différentes solutions pour refinancer ses échéances futures et allonger la maturité de sa dette. Le groupe affirmait néanmoins disposer de suffisamment de liquidités pour couvrir la maturité à court terme.
C'est une nuance assez importante : pression financière, oui. Mur de liquidité immédiat, ce n'est pas ce qu'indiquent les données publiées.
2026-27 reste prévu dans le rouge
Ubisoft ne promet d'ailleurs pas un retournement magique cette année. Pour 2026-27, la société anticipe toujours une baisse des net bookings d'un pourcentage élevé à un chiffre, une marge opérationnelle non-IFRS négative elle aussi dans le haut de la plage à un chiffre et jusqu'à 500 millions d'euros de consommation de free cash-flow.
Autrement dit, même si l'exercice 2025-26 contient des charges exceptionnelles massives, la machine n'est pas encore revenue à l'équilibre économique.
Le groupe vise un EBIT non-IFRS positif et un retour à la génération de free cash-flow pendant l'exercice 2027-28. C'est à ce moment que l'on pourra commencer à parler de redressement financier démontré plutôt que de restructuration en cours.
Le premier trimestre a au moins évité une nouvelle mauvaise surprise
Entre avril et juin, les net bookings ont atteint 255,8 millions d'euros. C'est 9,2 % de moins sur un an, mais légèrement mieux que la prévision d'environ 250 millions.
Le back-catalogue a reculé de 15 %, en partie parce que la période comparable profitait encore du lancement d'Assassin's Creed Shadows. Rainbow Six Siege s'est comporté conformément aux objectifs tandis qu'Invincible: Guarding the Globe a dépassé les attentes.
Ce n'est pas un trimestre de croissance. C'est surtout un trimestre sans nouveau trou dans le plan.
Black Flag Resynced a ensuite offert un signal beaucoup plus visible
Sorti le 9 juillet, Assassin's Creed Black Flag Resynced avait atteint 3,5 millions d'unités sell-in à la publication des chiffres du trimestre, quatorze jours seulement après son lancement. Ubisoft indiquait alors que le jeu avait déjà dépassé ses attentes pour l'ensemble de l'exercice.
Le titre a également signé un record PC pour Assassin's Creed avec environ 105 000 joueurs simultanés sur Steam.
Financièrement, ce succès arrive après la clôture du premier trimestre et devra donc surtout apparaître dans les chiffres du deuxième. Ubisoft prévoit environ 370 millions d'euros de net bookings pour cette période.
Les Creative Houses ne sont pas un simple changement de logo
La restructuration transforme aussi la façon dont les dépenses doivent être décidées. Les cinq Creative Houses obtiennent leurs propres directions, portefeuilles et responsabilités financières. Leur management sera jugé sur des critères comme l'engagement des joueurs et la création de valeur.
Vantage Studios bénéficie d'un statut particulier en concentrant Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six avec le soutien financier de Tencent. Creative House 2 regroupe notamment The Division, Ghost Recon, Splinter Cell et March of Giants sous Christoph Hartmann.
Les autres maisons couvrent les expériences live, les aventures narratives et les jeux casual ou mobiles. Un Creative Network fournit les capacités de production partagées, tandis que certains services technologiques, commerciaux et administratifs restent mutualisés.
Le principe est assez transparent : arrêter que chaque grand projet Ubisoft puisse mobiliser une organisation mondiale sans responsabilité budgétaire aussi lisible.
Le risque a simplement changé de forme
Début 2025, la question principale portait beaucoup sur l'endettement, les performances irrégulières du catalogue et la capacité d'Ubisoft à financer sa feuille de route. L'argent de Tencent a fortement réduit le premier problème.
Le risque principal devient maintenant l'exécution. Ubisoft a réduit son portefeuille, ses effectifs et ses coûts. Il doit produire suffisamment de grands succès avec moins de projets pour absorber encore une année de cash-flow négatif puis retrouver une rentabilité durable.
Le marché du jeu AAA n'offre pas beaucoup de marge à cette stratégie : un seul retard important sur Assassin's Creed, Far Cry ou Ghost Recon peut peser beaucoup plus lourd lorsque la société a volontairement concentré ses investissements sur moins de marques.
Crise, oui. Effondrement, non
Le mot « crise » paraît difficile à éviter lorsqu'une entreprise enregistre plus d'un milliard d'euros de perte opérationnelle, supprime environ 1 200 postes en un an, ferme encore des studios et annule sept projets.
En revanche, les chiffres ne décrivent pas actuellement une société au bord de manquer de cash. L'apport de Tencent a changé le bilan, les échéances proches sont présentées comme couvertes et le premier trimestre a légèrement battu les objectifs.
Ubisoft a donc acheté du temps. Cher, au prix d'une restructuration sociale et créative brutale, mais du temps quand même.
La prochaine étape ne se mesurera plus au nombre de coûts supprimés. Ubisoft annonce un retour à un EBIT et à un free cash-flow positifs en 2027-28. À partir de là, les comptes diront si 2026 était le fond du trou ou seulement une étape de plus dans la descente.